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Mardi 25 février
Saint Nestor de Pamphylie
Evêque de Magydos, en Pamphylie, martyr (✝ 251)

Saint Basle




Ermite – Apôtre de la Plaine

Saint Basle est encore un de ces personnages des temps mérovingiens, qui ont si abondamment pourvu notre Sanctoral du Diocèse.

Comme beaucoup de ceux déjà étudiés parmi « Les Saints de chez nous », il n'est pas originaire de Lorraine ; il n'en a pas moins contribué à son évangélisation et cela d'une manière toute spéciale. C'est ce qui rend intéressante cette physionomie que nous évoquons avec le maximum de précisions historiques, géographiques même. Car Saint Basle réellement s'inscrit dans un paysage, à la fois ermite itinérant et moine missionnaire, se plaisant autant sur les routes qu'au fond d'un cloître, dans les deux cas constamment soucieux de propager l'Évangile et de travailler au salut de ses frères humains.

Cet original a pour lui d'être un personnage historique, inscrit au Martyrologe romain. Sa vie nous est connue par Adson, abbé de Montier-en-Der, et le savant Mabillon a incorporé ces « Gestes de Saint Basle » dans les Acta Sanctorum des Bénédictins t. II, 64.

Saint Basle naquit en Limousin, vers 555, d'une famille chrétienne influente et tout ce qui a trait à son enfance pieuse et aux indices de vocation religieuse relève de l'hagiographie traditionnelle.

Nous sortons du commun avec le passage chez ses parents de Gilles, archevêque de Reims, au retour d'un voyage en Aquitaine. Impressionné par tout ce que le visiteur racontait de Saint-Rémy et du culte que Reims vouait à ce grand Saint, déjà entré dans l'Histoire, le jeune homme résolut de quitter son pays pour mener la vie monastique dans l'abbaye rémoise qui assurait la garde du tombeau.

Il y fit son noviciat, puis passa au monastère de Verzy, nouvellement fondé à 12 km à l'est de Reims et qui ne comptait encore que douze religieux, lesquels édifiés par la vie exemplaire de cette recrue, voulurent bientôt en faire leur supérieur ; mais Saint Basle se débattit et obtint de quitter l'abbaye pour vivre en ermite dans le voisinage. Il s'apparente par là singulièrement à Saint Amé, que nous avons vu, par deux fois, se retirer dans une grotte voisine, à Agaune comme au Saint-Mont.

Dans un vallon sauvage de la Montagne de Reims, qui étend au Sud jusqu'à Épernay sa couronne de pampres fameux, Saint Basle se construisit une cellule et un oratoire. Il se réfugiait souvent en ce dernier, dans la lutte ardente qu'il dut soutenir contre le démon, acharné après lui, avec les mêmes raffinements que jadis après Saint Antoine en Thébaïde.

Prolixes sur cette tranche de vie pittoresque, les « Gestes » ne disent rien d'un séjour que notre ermite, résolu de se venger du Malin sur un autre terrain, serait venu faire en Lorraine. Il s'agit là d'une tradition fort ancrée chez nous, attestée par une piste impressionnante de souvenirs et de monuments, au point que l'hagiographe romain s'y est rallié, lors de la révision du Propre en 1957.

C'est, à vrai dire, une page assez attachante qui fait de Saint Basle un des apôtres de la Lorraine au début de ce VIIe siècle. A cette époque, le paganisme régnait encore sur la majeure partie du territoire. Les rares documents historiques ne signalent de foyers de chrétienté que, dans la Plaine, aux abords de la grande voie romaine « Rome-Cologne », par exemple à Soulosse et à Grand au IVe siècle. Partout ailleurs, la religion païenne, fortement incrustée dans les âmes, opposait une longue résistance à la propagation de l'Évangile. Dans les campagnes notamment, partout des sources sacrées, des arbres ou des grottes étaient l'objet d'un culte populaire ; persistance de traditions druidiques, de pratiques religieuses venues de Rome ou d'Orient ; on y honorait des nymphes, dont les fées avaient pris le relais après la chute de l'Empire au Ve siècle. Les populations y étaient d'autant plus attachées que cette religion de plein air cadrait à merveille avec les préoccupations de leur activité paysanne.

Il vaut de noter à ce propos que le mot « paysan » vient précisément du latin « paganus » utilisé par les gens des villes, déjà convertis, pour désigner ceux de la campagne ; ceci non dans un esprit de mépris, de « lutte de classes », mais en terme administratif, lequel apparaît pour la première fois en 370 dans un décret impérial.

Les paysans donc invoquaient encore les divinités des sources, pour se prémunir contre les méfaits des éléments ou des épidémies, pour s'assurer la santé, le bonheur, à travers une liturgie de libations, d'offrandes et de sacrifices, inhérente à toute religion. Témoin cette vasque géante, en grès, toujours visible dans la forêt d'Escles aux sources du Madon, à proximité d'un temple romain.

Au fond de son ermitage de la Montagne de Reims, gardant l'humeur voyageuse qui l'y avait amené de son lointain Limousin, Saint Basle reprit un beau jour son bâton de pèlerin en direction de l'Est, sur les traces, croirait-on, de Sainte Menne, qui deux siècles plus tôt était venue de Châlons achever sa vie dans le Xaintois.

« Au-delà des remparts des villes, dit Georges Goyau, l'Eglise entrevoyait la détresse spirituelle de l'immense plèbe rurale. » Ce fut le mérite de Saint Basle, poussé par l'Esprit, d'imaginer cette forme nouvelle d'apostolat où nous allons le suivre. Il entreprit de s'attaquer, de façon pacifique, à ces foyers de paganisme qui peuplaient les campagnes. Il se montait une cabane à proximité de telle source fréquentée, y continuant sa vie de prière, de pénitence et de service. Le rayonnement surnaturel de cet étrange visiteur ne manquait pas d'attirer autant de curieux que de pèlerins, familiers de ce lieu sacré. A cet auditoire improvisé, Saint Basle annonçait la Bonne Nouvelle, révélant, comme Saint Paul, mais avec plus de succès qu'à Athènes, le Dieu inconnu de ces braves gens. La croix rustique qu'il s'empressait d'ériger auprès de la source lui permettait d'illustrer ses leçons de catéchisme pratique. Ainsi parvenait-il, la grâce aidant et peut-être aussi des guérisons miraculeuses, à convertir quelques fidèles qu'il baptisait précisément avec l'eau de cette source, et par la suite organisait en communauté rudimentaire. Après quoi, il s'en allait planter sa tente auprès d'une autre fontaine.

Dans cette « pastorale », Sainte Basle s'inspirait visiblement des consignes que venait de donner le pape Grégoire le Grand (590-604) aux missionnaires qu'il lançait alors à travers l'Europe, même au-delà des conquêtes de l'Empire Romain. « Toutes les fois que vous trouverez un temple païen, une idole, élevez auprès une église, afin que les païens, accoutumés à venir déposer leurs offrandes, continuent de venir en ce lieu, mais pour y adorer le Seigneur à la place de leurs vaines divinités. Il n'est pas nécessaire de détruire les temples, il suffit d'en changer l'usage.» Nous voilà loin, soit dit en passant, du style des missionnaires, disciples de Saint Martin, deux siècles plus tôt, au temps où se livrait ce qu'un contemporain appelle « la guerre contre les pierres », par la destruction systématique des temples païens. Un exemple typique s'en voit à Vaison-la-Romaine (Vaucluse). L'ancienne cathédrale, où se tinrent plusieurs conciles, a été bâtie au VIe siècle sur les ruines d'un temple païen, dont on a enfoui, comme fondations, les colonnes, les chapiteaux magnifiques, dégagés en 1950.

Illustrant d'histoires sa prédication, Saint Basle ne manquait pas d'évoquer le souvenir et les vertus de Saint-Rémy. Le culte très fervent qu'il lui vouait depuis sa jeunesse, il le faisait partager à ses ouailles. Il les mettait sous la protection de ce grand Saint, qui avait baptisé Clovis et ses Francs, et dédiait en son honneur de modestes chapelles, embryons de paroisses futures.

Le renom de sainteté de notre ermite allant de pair avec celui de Saint-Rémy, la piété populaire dédia par la suite à Saint Basle lui-même d'autres églises, voire des sources. En sorte qu'on les retrouve étroitement unis dans neuf cantons des Vosges, à l'exclusion des vingt autres que compte le département. Le relevé de ces deux vocables et leur implantation sur la carte permettent, d'une certaine manière, de reconstituer l'itinéraire de Saint Basle à travers toute la Lorraine.

Au diocèse de Verdun que Saint Basle a traversé pour arriver chez nous, deux églises lui sont consacrées et quarante-cinq à Saint-Rémy, la plupart axées sur la vallée de la Meuse et de l'Ornain. Le périple s'inscrit de même façon au diocèse de Nancy : respectivement deux et trente-deux, presque toutes dans le Xaintois ou les vallées de la Meurthe et de la Moselle. Insistons davantage sur le bas de la boucle, en notre diocèse, où s'agglutinent de façon si curieuse ces deux vocables. Pour éviter une répétition fastidieuse des noms, sont indiqués en italiques les lieux où s'attache le souvenir de Saint Basle (église, commune ou source), tous les autres concernent Saint Remy.

Dans le canton de Coussey : Seraumont ; Domremy, Midrevaux. Dans les environs de Vittel : Dombasle-devant-Darney, Lignéville, Saint Baslemont ; Aingeville, Bazoilles, Estrennes, Gendreville, Martigny-les-Bains, Remoncourt, Saint-Remimont, Senonges, Vittel. Dans la région de Mirecourt : Châtenois, Dombasle-en-Xaintois, Racécourt, Rouvres-en-Xaintois ; Baudricourt, Biécourt, Puzieux, Remicourt, Totainville, Vicherey. Dans le canton de Charmes : Charmes, Florémont, Hergugney, Rugney; Avrainville. Dans la région de Rambervillers : Destord, Fauconcourt, Roville-aux-Chênes, Saint-Remy. Pour clore le cycle de Saint Remy, signalons par « anomalie », trois églises dispersées dans la Vôge : Godoncourt, Les Voivres, et sur la haute Moselle, Ramonchamp.

Ainsi cette liste semble jalonner, comme on reconnaît le passage du semeur au blé qui lève, les courses apostoliques de Saint Basle. C'est lui qui pratiquement a planté la croix du Christ dans la Plaine, car on n'y connaît pas d'autres missionnaires qui aient introduit le Christianisme à la fin de ce VIe siècle. Rappelons que peu de temps après allait commencer, dans un tout autre style et sans relation aucune avec Saint Basle, l'évangélisation de la Montagne, au Saint-Mont, au Val de Galilée et sur le Rabodeau, comme nous l'avons amplement vu.

Estimant sa mission accomplie, Saint Basle s'en retourna en Champagne finir ses jours en son premier ermitage. Il y mourut le 25 novembre 620 et fut inhumé dans sa petite chapelle. Divers miracles furent opérés par son intercession qui rendirent son nom bientôt célèbre. Les moines de Verzy vinrent en procession, à son tombeau et installèrent dans sa cellule son neveu Balsème, qu'il avait appelé auprès de lui peu de temps avant de mourir. Vers le milieu du siècle, tout le monastère de Verzy se transférait autour de la tombe, prenant le nom d'abbaye Saint-Basle qui prévalut jusqu'en 1789. On y érigea une belle église où, vers 880, Hincmar, archevêque de Reims, vint relever le corps pour le placer dans une châsse d'argent. Adson a relaté dans le détail cette imposante cérémonie. Chaque année, le lundi de la Pentecôte, on amenait processionnellement cette châsse à la cathédrale de Reims.

C'est dans cette abbaye que devait se tenir en juin 991 le concile de Saint Basle, qui eut une portée historique tant pour l'Église que pour la France. (Hist. de l'Eglise, Fliche et Martin, VII, p. 70-73.) Le savant moine Gerbert y fut élu archevêque de Reims, avant de devenir Sylvestre II, le premier pape français, l'initiateur lointain des Croisades. C'est à ce concile, animé par Gerbert, que la nouvelle dynastie capétienne prit conscience d'elle-même et fixa sa destinée pour huit siècles.

Le culte de Saint Basle y fut en honneur jusqu'à la Révolution. Lors de l'expulsion des moines, les gens de Verzy réussirent à s'emparer des reliques pour les camoufler en terre. La châsse fut exhumée dès 1795 et le cardinal Gousset, archevêque de Reims, fit la translation dans un nouveau reliquaire le 28 juin 1853. Seul des quatre Dombasle qui existent en Lorraine (et en France). Dombasle-sur-Meurthe reçut une relique à cette occasion. Quant à l'abbaye, entièrement démolie, ses pierres furent utilisées aux constructions militaires du camp de Châlons, à 15 km de là. Faut-il y voir une revanche du Malin ? Seul un calvaire, sous le nom de Croix de l'Ermitage, rappelait encore le souvenir avant la guerre de 1914-1918.

Chez nous, le culte de Saint Basle s'est bien conservé dans les campagnes, tant dans les paroisses ci-dessus mentionnées qu'auprès de certaines sources. Mais de nos jours la tradition se perd, d'autant plus ces petites paroisses n'ont plus de curé résidant, ce qui accentue la décadence de ces pèlerinages locaux. Ainsi nous avons été de longues années pèlerin de Saint Basle, le lundi de Pâques à Lignéville. A flanc de coteau, sur la ligne des sources, se voit une agreste chapelle du XVe siècle ornée d'une belle statue de l'ermite en bois du XVIIe. Charmant pèlerinage alors fréquenté par les paroisses des alentours, clergé en tête.

La pratique de bénir les fontaines aux Rogations, lorsque les processions s'y font encore, ne semble-t-elle pas perpétuer l'apostolat de Saint Basle, dans un cadre de poésie franciscaine qui ajoute encore à la valeur de la prière ?

Le souvenir de Saint Basle nous semble se profiler encore dans l'histoire de Jeanne d'Arc. A sa naissance, en effet, elle fut baptisée sous le signe de Saint-Rémy, et Reims avec le sacre devait marquer le point culminant de sa merveilleuse chevauchée. De plus, au Bois-Chenu, proche de l'église Saint-Remy du village, coule toujours une source que fréquentait la petite Jeannette. Le dimanche de Lætare, elle venait y faire des rondes avec ses amies autour de l'arbre des Fées. Sous ce folklore charmant on a voulu retrouver la persistance, oh ! bien inoffensive, de l'idée païenne qu'avait combattue Saint Basle. C'est pourquoi, lors du procès de Rouen, Jeanne a si vigoureusement confondu ses juges qui cherchaient à la convaincre de sortilèges avec les Fées, qu'elle aurait prises pour ses voix.

Glanons encore quelques manifestations séculaires de culte. Une pièce d'archives des Vosges (H.I.110) signale en 1700 à Châtenois, sur le mont Saint-Rémy, une chapelle Saint Basle, aujourd'hui disparue. André Philippe a retrouvé la mention d'une chapelle fondée en l'église de Charmes en l'honneur de Saint Basle, le 22 octobre 1694 par François de l'Espée, doyen du Xaintois et curé de Tantimont-Hergugney.

Titulaire de la première église paroissiale, passée depuis à Saint Jean-Baptiste, notre Saint avait, comme de juste, sa chapelle à Saint Baslemont et l'on processionnait jadis à la Croix Saint-Basle sur la route de Lignéville. Le château, contigu à l'église, a été illustré au siège de 1635 par le courage de Barbe d'Ernecourt, la fameuse Dame de Saint-Baslemont, « L'Amazone chrestienne » selon le titre du tableau de Deruet au Musée lorrain de Nancy. On peut supposer, car les documents font défaut, que la châtelaine s'est intéressée à ladite chapelle, d'autant plus volontiers que la seigneurie d'Ernecourt, son pays natal, dans la vallée de l'Ornain, englobait deux villages tout proches : Willeroncourt qui avait pour patron Saint Basle et Domremy-aux-Bois, Saint-Rémy.

Publié le 06/04/2011 par Alice.