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Dimanche 16 juin
Saint Jean François Régis
jésuite - apôtre du Vivarais (✝ 1640)

Saint Cloud

Évêque de Metz

Précisons dès l'abord que notre Saint est distinct de son homonyme du siècle précédent, Saint Cloud, petit-fils de Clovis et de Sainte Clotilde, lequel a donné son nom à la ville de la banlieue parisienne.

Bien que notre Saint Cloud soit un personnage historique, il est curieux de constater que le chanoine L'Hote ne lui consacre aucune notice dans sa « Vie des Saints du diocèse de Saint-Dié » (2 vol. 1897), parmi les 199 saints personnages étudiés. Raison de plus pour combler ainsi une lacune, accidentelle sans doute.

Saint Cloud, toujours appelé Clodulphe, à partir du latin, dans les textes, naquit vers 605. Il était fils de Saint Arnould, dont nous avons dit que ce leude austrasien, avant de devenir évêque de Metz, avait été marié à Ode de Souabe, appelée aussi Doda. Le jeune Clodulphe était, on le sait, le cadet d'Anségise, quadrisaïeul de Charlemagne.

La vie de Clodulphe fut écrite par un anonyme, dont le texte est rapporté par Mabillon dans les Actes des Saints Bénédictins. Tandis que sa mère veillait à une éducation pieuse et ferme, qui le préparait à sa vocation ultérieure, son père lui fit donner aux écoles de Metz une instruction solide, privilège singulier en ces temps barbares. Rien n'interdit de penser que l'étudiant soit venu en vacances à Dogneville, « Dodiniaca villa », où ses parents possédaient, dirions-nous, une résidence secondaire, à une lieue d'Epinal, pointe méridionale du temporel de Metz.

Tel père, tel fils. Leur destinée à tous deux présente, en effet, à bien des égards, un certain parallélisme. Clodulphe, parvenu à l'âge d'homme, entra dans l'administration au palais des rois d 'Austrasie, alors que son père y était peut-être encore engagé. Quand ce dernier quitta la cour, Clodulphe resta en charge, pense-t-on, de longues années encore, menant de pair ses activités d'administrateur sage et probe et une vie exemplaire du point de vue chrétien.

Ce double mérite retint l'attention unanime du clergé et des fidèles, lorsqu'il s'agit de trouver un successeur à Saint Godon, qui venait de mourir. On sait qu'en ce temps-là, les évêques se recrutaient souvent par ce verdict populaire, le pape, de sa Rome lointaine, ratifiant presque toujours le choix. Ici d'ailleurs semble avoir joué un précédent familial, le leude Arnould étant déjà passé de son office civil au siège épiscopal de Metz, où devraient lui succéder Saint Goëry que nous connaissons bien, puis Saint Godon.

Sur leurs traces, Saint Cloud -nous l'appellerons ainsi désormais-,se donna généreusement à son diocèse, dont il était familier, au cœur du royaume franc d'Austrasie qui commençait à prendre corps. Tâche pastorale énorme autant que délicate à travers les guerres et les intrigues, dans un climat barbare et païen. Le chroniqueur souligne spécialement l'attention qu'il portait aux pauvres, se privant du nécessaire pour subvenir à leurs besoins. Telle apparut la dominante, qui lui valut la réputation et plus tard le titre de sainteté, sans autre canonisation officielle.

Il est un autre trait, anodin, de la vie de Saint Cloud, qui, sans rapport avec le plan surnaturel, touche aux origines de notre diocèse : son intervention dans la fameuse charte de Numérien.

Ce dernier, archevêque de Trèves au temps où Saint Dié fondait son monastère des Jointures, prit en sa faveur une décision juridique d'importance. La charte, rédigée de concert avec les suffragants, les évêques de Toul, premier intéressé, de Metz, notre Saint Cloud, et de Verdun, garantissait à Saint Dié les territoires à lui concédés sur la Meurthe par Childéric II et les privilèges, soustrayant cette fondation à la tutelle des évêques de Toul.

Ladite charte, érigeant ainsi le Val de Galilée en enclave dans le territoire de Toul, fut, on s'en doute, contestée en raison même de l'âpreté avec laquelle le Chapitre de Saint-Dié devait par la suite en exploiter les conséquences. Nombre d'auteurs au siècle dernier ont étudié longuement cette charte de Numérien pour conclure à un faux. Mais Christian Pfister, le savant historien de Lorraine, en a démontré l'authenticité (« Annales de l'Est », 1889, p. 379 à 400).

Quant à la durée de l'épiscopat de Saint Cloud, elle pose à son tour un problème qui a été diversement résolu par les historiens en raison de la chronologie confuse des documents. Ainsi la liste épiscopale de Metz donne pour notre évêque 656-694 et Mgr Martin, 658-696. De son côté, Mgr Duchesne (« Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule », III, p. 56-57) fait état d'une lettre signée le 25 juin 667 par Abbon II, successeur de Saint Cloud, ce qui réduit à 16 ans (650-666) au lieu de 38 le temps passé par ce dernier sur le siège de Metz.

Bien que l'année de la mort reste donc fort incertaine, le jour, lui, n'a jamais fait de difficulté en raison de la commémoration liturgique du « dies natali ». C'est à la date du 7 juin que le Martyrologe romain mentionne Saint Cloud, évêque de Metz.

Pour ce qui est du culte, sa dépouille demeura près de trois siècles en la vieille cité jusqu'à son transfert le 11 décembre 959 à Lay-Saint-Christophe, à une lieue au nord de Nancy. En ce bourg natal de Saint Arnould venait en effet de s'ouvrir à l'initiative d'Eve, comtesse austrasienne, un prieuré bénédictin, filiale de l'abbaye Saint-Arnould de Metz.

La ville, s'estimant suffisamment riche en religion de ses 38 premiers évêques vénérés comme saints, se dessaisit sans peine du corps de Saint Cloud. A noter que dans les années suivantes l'évêque Thierry de Hamelant transférera de même le corps de Saint Goëry à l'abbaye naissante des Bénédictines d'Epinal.

Lay devint centre de pèlerinage à la suite de miracles obtenus par la vertu des reliques. Celles-ci échappèrent partiellement au pillage de la Révolution, alors que le prieuré et sa belle église, consacrée le 18 octobre 1092, furent mis en vente comme bien national et presque entièrement démolis. Nous en avons seulement une description illustrée de plans très précis grâce à Dom Calmet, qui fut prieur de Lay avant de devenir le célèbre abbé de Senones.

En dehors de quoi on ne trouve guère de trace de culte en l'honneur de Saint Cloud. Il n'est titulaire d'aucune église dans l'ancien diocèse de Toul, pas même à Metz depuis qu'a disparu celle dont on trouve la mention au Moyen Age.

En fait d'iconographie, il ne semble pas exister d'autre représentation que celle signalée dans les Petits Bollandistes, où Saint Cloud figure avec ses parents ; mais faute de références, nous n'avons pas pu la trouver.

Pour ce qui est de l'office liturgique, on le trouve, bien sûr, au diocèse de Metz. Il figurait aussi au Propre de l'ancien diocèse de Toul et donc de Nancy jusqu'à ces dernières années, où il a disparu, dans un but d'allègement avec beaucoup de vieux Saints lorrains.

Des esprits chagrins pourraient penser que c'est ici justice, Saint Cloud étant « responsable » de cette émancipation du Chapitre de Saint-Dié qui, sur le plan temporel, avait effectivement bien mis en souci les évêques de Toul au long des siècles !

Dans notre Propre, de 1900, Saint Cloud était simplement mentionné sans plus au IIe nocturne de la fête de Tous les Saints du Diocèse le 16 novembre. Lors de la réforme de 1957, il a retrouvé son office, au missel comme au bréviaire, à la date traditionnelle du 7 juin.

Et c'est à ce titre que nous avons rédigé le présent article d'une lecture plutôt ingrate, mais bien à l'image des temps mérovingiens.

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Publié le 11/07/2011 par Alice.