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Mercredi 13 novembre
Saint Brice
Evêque de Tours (✝ v. 444)

Saint Nicolas



De tous les Saints du Propre diocésain, il n’en est guère qui soit à la fois plus étranger et plus populaire que Saint Nicolas. Voilà un évêque d’Asie Mineure du lV° siècle qui par toute la Lorraine a joui sans discontinuer d’une faveur et d’un culte exceptionnels. Après la Sainte Vierge, c’est à beaucoup près celui de tous "les Saints de chez nous" qui a le plus marqué la piété de nos pères, comme notre patrimoine artistique et notre folklore.

Pour Saint-Nicolas, plus que pour tout autre, il y a lieu de distinguer soigneusement entre son histoire, bien lointaine et peu sûre, et le culte millénaire qui lui a conféré en quelque sorte la nationalité lorraine. C’est d’ailleurs sur ce second point que nous trouverons le plus de choses charmantes et de détails inédits.

De la vie de notre Saint, il n’existe pas d’ouvrage qui soit historiquement valable. Tout le Moyen Age a vécu, dans ce domaine, de ce que lui rapportaient des traductions d’auteurs grecs du VIII° siècle et la légende ne se fit pas faute d’y ajouter encore.

Saint Nicolas naquit, dans la seconde moitié du IIIe siècle, à Patare, petit port de Lycie, province d’Asie Mineure, voisine de l’île de Rhodes. Comme bien on pense,-nous le disions récemment- il appartenait à une famille riche et distinguée de la ville, ce qui lui fournit bientôt la "matière " de son premier beau geste.
Mais nous retiendrons surtout, au compte de son milieu familial, cette autre richesse d’une foi chrétienne, puisée à bonne source. Saint Paul, en effet, avait séjourné à Patare, au retour de son troisième voyage.

Le jeune Nicolas fut-il frappé quelque jour d’entendre proclamer à l’église le précepte et l’éloge à la fois, que l’Apôtre fait, dans son Épître 1 aux Corinthiens, de la charité qui est patiente et bonne et ne s’enfle point d’orgueil (XIII, 4) ? Apprenant par la rumeur -ce fut de tout temps l’apanage des petites villes- qu’un notable du pays, atteint par un revers de fortune, envisageait de livrer ses trois filles à la prostitution, faute de pouvoir les doter convenablement, à la faveur de la nuit, Saint Nicolas se glisse vers la demeure et, par la fenêtre ouverte, lance une grosse bourse remplie de pièces d’or.
Le geste fit son effet, car bientôt notre homme mariait fort honorablement son aînée. Restaient les deux cadettes. Pris à ce jeu, tout à fait dans le genre Scout ou Cœur Vaillant, dirions-nous aujourd’hui, Saint Nicolas, toujours incognito, renouvela son geste par deux fois. Mais il se fit prendre la dernière nuit et, tout confus, supplia son obligé de n’en rien dire.
Le secret fut-il bien gardé ? En tout cas, personne ne fut surpris de voir ce sympathique jeune homme devenir prêtre, vivre quelques années dans un monastère et en sortir bientôt pour accéder à l’évêché de Myre, capitale de la province.

Dans ce nouveau ministère, Saint Nicolas put donner libre cours, et sur un plan considérablement étendu, à cette bonté d’âme qu’il tenait de sa nature et que la grâce, les miracles aidant, ne fit qu’exalter. Tous les traits de sa vie, retenus par les chroniqueurs - nous ne saurions ici les contester, tant ils sont simples - portent la marque de cette générosité inlassable, gratuite et souriante, qui le rendait infiniment sensible à la moindre détresse matérielle ou morale.
Ainsi, le voit-on s’intéresser avec prédilection aux enfants de son diocèse, intervenir auprès de l’empereur, en faveur de trois officiers, libérer, en se jouant, des prisonniers, ravitailler miraculeusement en blé sa ville en proie à la famine, sauver du naufrage des matelots qui sombraient.

Même si nous négligeons toutes les naïves enluminures dont la légende a cru devoir, pour illustrer sa mémoire, entourer chaque scène, il reste que la charité foncière fut la caractéristique de sa sainteté. Par là s’explique sans peine l’extension prodigieuse de son culte à travers le monde et jusqu’à nos jours. Tendre et compatissant pour les personnes, à l’exemple du divin Maître, Saint Nicolas n’en fut que plus intransigeant sur les questions de doctrine. Défenseur de la foi auprès de ses ouailles, il combattit avec vigueur cette hérésie sournoise dont Arius infestait alors l’Asie Mineure, avant de gagner tout l’Occident.
La politique s’en mêlant, les empereurs de Constantinople favorisaient dangereusement les entreprises de l’Arianisme. A ce titre, Saint Nicolas subit la persécution de 316, se vit exiler de Myre et jeter en prison. Trop heureux de souffrir comme les siens, il se garda bien de faire miracle pour s’en tirer. Du reste, la victoire de Constantin vint bientôt renverser la situation. Bien que son nom ne figure pas dans la liste des 318 signataires, la tradition rapporte que Saint Nicolas assista au 1er Concile œcuménique de Nicée, réuni en 325, sur l’initiative de Constantin, et qui condamna l’Arianisme.

Saint Nicolas mourut fort peu de temps après et fut inhumé dans sa cathédrale. Sa disparition fut davantage ressentie par ceux qu’il avait tant obligés. Poussée à la fois par le besoin et par la certitude qu’au-delà de la mort le Saint Évêque restait lui-même, la foule des malades et des déshérités se pressa de plus belle à son tombeau, On y accourut non seulement de Lycie, mais de toutes les provinces d’Orient où il n’était point allé.


Le culte voué à Saint-Nicolas

Au moment d’aborder l’histoire du culte de Saint Nicolas, précisons qu’à l’inverse de sa biographie, encombrée de légendes, il existe d’innombrables documents historiques touchant ses reliques et les pèlerinages auxquels elles donnèrent lieu.

La renommée du grand thaumaturge se répandit très vite. Dès la fin du siècle, Saint Jean Chrysostome lui fait une belle place dans la liturgie nouvelle qu’il instaure en son diocèse de Constantinople, et l’empereur Basile vient à Myre prier sur la tombe. D’autres s’y intéressèrent à leur tour, mais diversement. Lors d’une expédition sur les côtes d’Asie Mineure, les troupes du calife de Bagdad, Haroun-al-Raschid, assaillirent la ville et tentèrent de profaner les restes précieux. L’alerte fit grand bruit, jusqu’en Occident où déjà - nous le verrons - des reliques de Saint Nicolas étaient vénérées.

On sait que, bien avant les Croisades, et à partir d’Italie notamment, les relations commerciales, qui ont souvent si bien servi le culte des Saints, entretenaient une liaison étroite entre les deux bassins de la Méditerranée. Passé l’an mil, les incursions musulmanes se firent plus dangereuses sur tout le littoral aussi bien qu’en Palestine.
C’est ainsi que des marchands de Bari, ville de l’Italie méridionale sur la côte Adriatique, faisant escale à Myre, présentèrent leurs bons offices pour mettre en sûreté le corps de Saint Nicolas. Les choses n’allèrent pas toutes seules, car les Vénitiens convoitaient aussi ce trésor, s’estimant même prioritaires pour avoir opéré, dès 815, pareil sauvetage en faveur de Saint Marc, orgueil de la grande Cité patricienne. Ce fut donc à Myre une lutte de vitesse où le chauvinisme tenait sans doute autant de place que la piété d’ailleurs sincère.
Les roués Barisiens supplantèrent de justesse leurs rivaux et le corps de Saint Nicolas, en 1087, débarqua à Bari, où il est encore de nos jours.
On fit à ces reliques un accueil triomphal, et le pape Urbain II présida, deux ans plus tard, leur installation solennelle dans une opulente basilique construite tout exprès.

Peut-on, sans irrévérence, penser que Saint Nicolas est demeuré là, facétieux et bon, comme il avait été, jeune homme, à Patare, jadis ?... - Toujours est-il qu’un miracle extraordinaire et permanent s’opéra, comme pour légitimer le pieux larcin des gens de Bari. De ses ossements, suinte depuis des siècles une sorte de liquide huileux, la fameuse "manne" des pèlerins du Moyen Age qui, colportée à travers le monde, produisit d’innombrables guérisons.

Du point de vue scientifique, le phénomène parait difficilement explicable. Aussi est-il délicat de se prononcer sur ce cas, assez semblable, du reste, à celui de Saint Janvier, à Naples. Notons que c’est toujours en Italie. L’arrivée de ces reliques, d’autant plus vite divulguée qu’on était au siècle des Croisades, donna au culte de Saint Nicolas une impulsion nouvelle dans tout l’Occident. En 1018, la présence de parcelles de son corps est signalée à Trèves. Quelques années plus tard, on les trouve dans deux abbayes près de Cologne et d’Aix-la-Chapelle.

On attribue ce fait à la dévotion spéciale des empereurs Ottonides, d’autant que nous voyons consacrer en, 1049, à Saint Nicolas, l’église de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard, le col des Alpes que franchissait le grand axe carolingien en direction de l’Italie.

Au siècle suivant, Saint Bernard, qui fut pèlerin de Saint-Nicolas du-Port, recommandera chaudement à ses moines de Cîteaux la dévotion au grand saint de Myre, toujours dans la même perspective d’une sauvegarde efficace : "Lorsque quelque danger nous menace, dit-il, recourons avec confiance à Saint Nicolas".

Rome qui, évidemment, s’honorait de posséder une église au nom suggestif de " Saint-Nicolas-in-Carcere ", tint à l’enrichir d’un titre cardinalice, toujours en usage. Par la suite, on voit le nom de Saint Nicolas donné à travers l’Europe, et par les Espagnols dans le Nouveau Monde, à de nombreuses villes, à des sites géographiques. La Russie l’adopte comme patron national et l’Irlande lui dédie 40 églises.

Mais ce qui nous intéresse par-dessus tout, c’est l’entrée dans ce vaste mouvement de notre Lorraine. Ce fut à l’occasion fortuite d’une menue relique rapportée d’Italie.

Déjà, le pape lorrain, Saint Léon IX, y avait certes préludé, en consacrant un autel à Saint Nicolas au Mont Sainte-Odile, probablement lors du même voyage où il avait, en 1050, consacré les églises d’Épinal et de Remiremont. A cette date, note Georges Durand, l’absidiole nord de cette dernière avait déjà Saint Nicolas pour titulaire.

En 1098, un chevalier lorrain, Albert de Varangéville, revenant de la I° Croisade, s’arrêta à Bari par dévotion. Il eut la surprise d’y rencontrer un clerc lorrain, originaire de Port, attaché au service de l’insigne église, et put ainsi obtenir comme relique un doigt du Saint. En moins de trois ans, on édifia sur les bords de la Meurthe une église spéciale que Pibon, évêque de Toul, consacra en 1101.

Événement qui marqua la naissance du bourg dénommé Saint-Nicolas-de-Port, et qui allait prendre une grande extension, à la fois comme centre de pèlerinage et comme place commerciale. Entre-temps, Pibon se faisait l’apôtre convaincu de la dévotion à Saint Nicolas, lui dédiant un autel à Toul même, en l’abbaye Saint-Léon, à Pierre-la-Treiche, à Neufchâteau.

L’épisode de la délivrance miraculeuse, en 1240, d’un croisé, le comte lorrain de Réchicourt, prisonnier des musulmans, accrut encore la renommée du pèlerinage, et c’est pour commémorer le prodige que fut instituée la procession aux flambeaux du 5 décembre au soir.

Revenant de la Croisade, le bon roi Saint Louis fut pris avec sa famille par une violente tempête. Joinville raconte, au chapitre 124 de son Livre, la suggestion qu’il fit à la Reine pour échapper à ce péril :" Dame, promettez un pèlerinage à Monseigneur Saint Nicolas de Varangéville, et je vous garantis que Dieu vous ramènera en France avec le Roi et vos enfants. "La tempête s’apaisa".

Quand la Reine fut revenue en France, elle fit faire une nef d’argent à Paris. Il y avait dedans le Roi, la Reine et les trois enfants, le tout en argent ; les mariniers, les mâts, le gouvernail, les cordes et les voiles toutes cousues à fil d’argent. La Reine me l’envoya à Joinville pour la faire porter à Saint Nicolas ; ce que je fis. "

Sur le point de partir pour sa prodigieuse chevauchée, Sainte Jeanne d’Arc s’en vint, un jour de février 1429, à Saint-Nicolas-de-Port, en compagnie de Jacques Alain et de Durand Laxart, implorer le céleste patron des voyageurs.
Tous nos Ducs de Lorraine ont voué un culte de fidélité au Saint Évêque de Myre. Si le Roi René, à son retour de captivité, lui offrit un bras-reliquaire en argent, tout rehaussé de pierreries, son arrière-petit-fils, René II, fit mieux encore. Parti de Saint-Nicolas-de-Port avec ses troupes, pour prendre à revers Charles le Téméraire qu’il devait tailler en pièces, sous les murs de Nancy, le 5 février 1477, notre Duc s’était placé sous la protection de Saint Nicolas et avait distribué aux compagnies des fanions à son image.
La victoire une fois acquise, "il en appropria l’honneur, dit la chronique, à Monseigneur Saint Nicolas, le réputant Père du Pays, Duc et défense de Lorraine".
Cette citation à l’ordre de l’armée est considérée comme la charte décrétant, pour des siècles, Saint Nicolas Patron officiel de la Lorraine. Et le monument qui le commémore, toujours debout, est l’une des plus remarquables églises de l’Est de la France.

La basilique de Saint-Nicolas- de-Port, immense vaisseau de cathédrale, fut construite de 1481 à 1518, grâce aux générosités de la famille ducale, des Cantons suisses, de la riche bourgeoisie de Port et de la Lorraine entière. Et l’empereur Charles Quint s’intéressait encore personnellement en 1547, à des travaux d’embellissement. Les siècles y ont accumulé des trésors d’orfèvrerie, la plupart, hélas ! dilapidés à la Révolution.

Si la vénérable église subit l’outrage des guerres, elle s’honore d’avoir été continûment le sanctuaire national de notre petite patrie. Nombreux aussi furent les Rois de France, les Empereurs, les Princes de toute l’Europe venus s’agenouiller sous ses voûtes

Cependant, l’église était avant tout centre de pèlerinage. En 1583, le cardinal Charles de Vaudémont y amène en procession tous les habitants de Toul. Quatre mille Allemands y arrivent aussi en groupe. Le jubilé de 1602 y attire 200 000 fidèles avec 6 000 prêtres. Mais, ce à quoi le bon Saint demeurait sans nul doute le plus sensible, c’était le concours incessant des pèlerins individuels. On y venait de très loin ; des prisonniers libérés, entre autres, apportaient leurs chaînes en ex-voto. L’envoyé du roi de Bohème, passant à Port en 1434, estimait que 50 chariots ne suffiraient pas à emporter cette ferraille. Saint-Nicolas-de-Port était aussi un pèlerinage expiatoire auquel les tribunaux flamands condamnaient certains de leurs clients.

Plus sympathiques nous apparaissent ces pèlerins des Vosges qui, s’en allant pieds nus à Saint-Nicolas, faisaient escale à l’hôpital routier de Domptail.
Par fierté patriotique, les Lorrains voulurent avoir à Rome, comme les Français à Saint-Louis, leur sanctuaire national. En 1622, ils obtinrent du Pape Grégoire XV que l’église de la place Navone fut affectée " au service de la nation des Lorrains ".
C’est ainsi que les Vosgiens allant à Rome ne manquent pas de visiter ce sanctuaire, dont le plan même figure une croix de Lorraine. Il nous souvient de l’accueil chaleureux que nous y faisait naguère Mgr Fourier Bonnard, recteur de Nicolas-des-Lorrains, enfant de Mattaincourt. Et quelle émouvante surprise de découvrir, sur les dalles, les noms de Vosgiens originaires de Belmont-sur-Vair, de Girecourt, de Parey-sous-Montfort reposant là !

Une Lorraine dévolue à Saint Nicolas

C’est toute la Lorraine qui a voué, au cours des siècles, une dévotion fervente à Saint Nicolas. Dans l’ancien diocèse de Toul, il était le patron de 64 paroisses, 1 abbaye, 2 collégiales, 105 chapelles, 4 hôpitaux et 90 confréries. Chez nous, il est titulaire des églises de Charmes, La Croix- aux-Mines, Dompaire, Grandrupt, Mazelay, Neufchâteau, Plainfaing, Planois, La Rouillie, Rugney, Tignécourt et Xaronval ; patron secondaire de Bruyères, Fresse, Liézey et Mirecourt.

Darney posséda, jusqu’en 1789, un chapitre canonial de Saint Nicolas, Lorraine, fondé en 1308 par Thiébaut II, duc de Lorraine. Dans la dépendance des plus de ce chapitre, existait une chapelle de Saint-Nicolas aux Vallois et à Viviers-le-Gras. On en trouve de même à Autrey, Baudricourt, Liffol-le Grand, Mirecourt (la Oultre, 1426), Rambervillers, Remiremont, Senones. De nombreuses confréries de Saint-Nicolas faisaient à sa fête une procession où l’on portait statuettes de bois doré et bâtons de confrérie, dont Hadol garde une pièce remarquable.

De ces manifestations de piété, le culte de Saint Nicolas avait gagné la vie sociale et professionnelle de nos ancêtres, et surtout le folklore. Faut-il citer les noms de famille, dérivés de Nicolas ou de son diminutif, si fréquents en Lorraine Petitnicolas, Jeancolas, Grandcolas, etc. ?... Il était le protecteur des bateliers, tonneliers, voyageurs et pèlerins. Tours et bastions de villes fortes portaient son nom - et c’était une sauvegarde - comme à Épinal, à La Mothe. En 1525, les Spinaliens applaudissaient au théâtre le Miracle de Saint Nicolas.

Il s’ensuit que l’iconographie du Saint Évêque de Myre est extrêmement abondante chez nous. Si l’on excepte les statues de Sainte Thérèse et de Saint Antoine de Padoue, que leur banalité met absolument hors concours, celles de Saint Nicolas sont de beaucoup les plus répandues dans nos églises. Plutôt que d’en faire l’inventaire, indiquons seulement qu’échelonnées du XVe au XVIIIe siècles, elles sont souvent d’un art rural, plein de sève vigoureuse et de fraîcheur. Il est clair que, dans la pensée de nos imagiers. Saint Nicolas, évêque oriental, s’était fait naturaliser Lorrain !


Représentations de Saint-Nicolas

La représentation la plus courante et la plus populaire est celle de l’évêque, bénissant à ses pieds les trois enfants debout dans leur saloir. C’est là un exemple typique de la réaction de l’art sur la légende. Pour évoquer le miracle fameux de la délivrance des trois officiers, les premiers artistes, suivant la tradition médiévale, campèrent le Saint en grande taille et les captifs tout petits, par déférence, la tête émergeant seule d’une tour simulant la prison.
Ce sont les fidèles qui, peu au courant dudit miracle, imaginèrent naïvement une nouvelle légende. Les trois officiers devinrent trois enfants et la tour, un saloir. "Ils étaient trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs ! " On suit la métamorphose, à partir du récit de Wace, trouvère normand du XI° siècle, et du sermon de Saint Bonaventure au XIII° siècle.

Ainsi voit-on figurer Saint Nicolas sur une trentaine de beaux calvaires de la Plaine, de la fin du Moyen Age. Croix de pierre ouvragée près de la fontaine, au long des chemins, et du haut desquelles le bon Saint bénit encore la vie du village, comme il protégeait jadis des brigands et des loups. Relevons, pour nos Vosges, quelques particularités iconographiques. La statue de l’église d’Urville est la seule, à notre connaissance, où Saint Nicolas, avec les enfants à ses pieds, tient en plus les trois bourses, gentil souvenir de sa première "b.a." !

A Rambervillers, la belle boiserie, classée M. H. du XVIIIe siècle, présente en 5 panneaux les miracles les plus connus, dont celui, authentiquement lorrain, du comte de Réchicourt.

Et voici à la chapelle du ChipaI, près de La Croix aux Mines, le miracle du blé. Ce tableau, peint sur bois, nous paraît être de la main (ou de l’atelier) de Claude Bassot, peintre vittellois du début du XVIIe siècle. C’est la transcription littérale d’une page de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Lors d’une famine sévissant à Myre, le Saint Évêque, pris de pitié, enjoint à des marins d’Alexandrie qui font escale, de décharger ici leur cargaison de blé, destinée pourtant à Constantinople.
Le capitaine de se récrier et le Saint de lui dire doucement"faites ce que je vous dis et je vous promets, au nom de Dieu, que les douaniers impériaux trouveront intacte votre livraison".

Le pauvre homme s’exécute et tire de son bateau de quoi ravitailler Myre pendant deux ans et repart, toujours chargé à pleins bords. Tout en haut du tableau, une banderole "Fame pereuntium salus - Salut de ceux qui meurent de faim", titre ce miracle d’exquise bonté, dont nos confrères feront mémoire dans leur Bréviaire, à l’antienne 7 de Matines, le 6 décembre.
Il va sans dire que les images d’Épinal, répandues à profusion à travers le monde, ont fait la joie des enfants, en leur présentant de façon naïve le grand Saint qui les aime tant. Évoquant sans doute ces images qui ont bercé l’enfance de ses ancêtres bressauds, Paul Claudel dit, dans son poème " Corona benignitatis anni Dei " " Voici l’hiver tout à fait - et Saint Nicolas qui marche entre les sapins - avec ses deux sacs sur son âne - pleins de joujoux pour les petits Lorrains ".

Pour tout dire, si dans la Chrétienté entière et en notre Lorraine en particulier, Saint Nicolas a gardé constamment une telle faveur, c’est par rayonnement de la bonté même de Dieu qui transparaît dans toute sa vie. Mais il le doit aussi aux charmes de la légende qui ont fait de cette vie un livre d’images aux merveilleuses teintes de vitrail.

Publié le 06/12/2010 par Alice.