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Lundi 29 novembre
Saint Sernin
ou Saturnin, martyr et évêque de Toulouse (IIIe siècle)

Sainte Gébétrude

Sainte Gébétrude, chronologiquement la quatrième, est la seule abbesse du Saint-Mont à figurer à notre Propre diocésain actuel. Lors de la rédaction, une leçon pour le bréviaire avait été rédigée, qui finalement n'eut pas de suite, puisque la Commission romaine ne nous a concédé qu'une simple mémoire de Sainte Gébétrude au 8 novembre. Cette restriction tient sans doute au fait que notre Sainte n'est pas inscrite au Martyrologe romain. Le peu que la critique historique en a retenu provient d'une biographie, très valable, de Saint Adelphe, écrite par un moine de Luxeuil qui l'avait bien connu. Et il est normal qu'à travers cet ouvrage nous voyions apparaître ici ou là Sainte Gébétrude, puisque c'est elle-même, humble autant qu'avisée, qui, en qualité d'abbesse du Saint-Mont, eut l'initiative de cette biographie, « le plus ancien texte recevable que nous possédions sur les origines de la fondation ».

D'après ce texte, il est certain, contrairement à ce qu'on a cru longtemps, que Sainte Gébétrude n'est pas la sœur de Saint Adelphe ; à plus forte raison n'est-elle pas la petite-fille de Saint Romary, comme l'affirment froidement les chroniqueurs du XIe siècle. Cédant à la manie que nous avons souvent dénoncée, ceux-ci ont, en effet, prêté à Saint Romary une descendance qui lui aurait succédé à la tête du double monastère qu'il avait fondé au Saint-Mont et qui devenait ainsi une entreprise familiale !
Ce qui situe historiquement Sainte Gébétrude, c'est qu'elle figure au quatrième rang dans la liste des abbesses du Saint-Mont. Sur la fin du siècle dernier, en effet, l'érudit curé de Thiéfosse, l'abbé Didierlaurent, découvrait un manuscrit du plus haut intérêt à la Bibliothèque de l'Angelica de Rome. Le commentaire qu'il en donna aussitôt, avec la liste de toutes les abbesses, dans les « Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine » (1897), a projeté un jour nouveau sur les cinq premiers siècles du célèbre monastère. Très précieux pour la chronologie des abbesses, le manuscrit, par contre, ne donne pas de détail sur leur vie.

Pour notre Sainte nous ne savons donc que peu de choses. Relevons seulement quelques traits épars, et d'abord les différents noms qu'on lui attribue. Baptisée sous le nom latin de Tecta, elle entra au monastère des religieuses au temps où Saint Adelphe était abbé de l'autre monastère. Élue abbesse fort jeune encore, elle prit le nom de Gébétrude ou Gébertrude. Par la suite, ce nom à consonance mérovingienne fut souvent confondu avec celui de Gertrude qu'on trouve dans les textes.
C'est sous son abbatiat que se place l'épisode des funérailles solennelles de Saint Adelphe, qu'elle avait en grande vénération. Avec toutes ses religieuses, elle descendit de la montagne en procession jusqu'au gué de la Moselle pour y accueillir le corps qu'on ramenait de Luxeuil. Suivie d'une foule immense qui remontait les pentes avec des cierges et des fleurs, elle le fit inhumer en l'église Notre-Dame, où reposaient déjà Saint Romary et Saint Amé, n'imaginant pas que la postérité la paierait d'étonnante façon de sa pieuse sollicitude pour ces grands moines de la première heure. On ne sait plus rien d'elle que sa mort, survenue le 7 novembre 672 d'après l'obituaire du Chapitre de Remiremont. Elle fut enterrée dans l'église Saint-Pierre des Religieuses du Saint-Mont.

On sait que le monastère des Religieuses s'est transféré dans la vallée, là où devait s'ériger Remiremont, vers 870. Comme bien on pense, les reliques des fondateurs avaient suivi dans cette migration. Or moins de cinquante ans après, les religieuses furent contraintes de remonter au Saint-Mont pour y chercher refuge devant l'invasion des Hongrois en 917. C'est en souvenir de cette fuite précipitée que le Chapitre, jusqu'à la Révolution, célébrait, chaque année le 13 août, une messe basse commémorative, dite « la messe piteuse », mentionnée au Rituel.

L'alerte passée, on redescendit dans la vallée pour s'y installer de façon définitive. Mais il se trouva que, lors de ce bref séjour sur la montagne, on avait exhumé les restes de l'abbesse contemporaine de Saint Adelphe, qui vinrent ainsi renforcer le trésor des « Corps Saints », comme le dit Sébastien Valdenaire : « Le corps de Madame Sainte Gébétrude fut translaté du Saint-Mont en l'église Saint-Pierre de Remiremont ».
Associée de la sorte aux glorieux fondateurs, Sainte Gébétrude bénéficia de leur « canonisation » collective qui suivit de peu la consécration de l'église Saint-Pierre par le Pape Saint Léon IX, le 14 novembre 1049. En effet, l'abbesse Oda de Luxembourg avait demandé au Pape de procéder à la translation des corps des Saints Romary, Amé, Adelphe et de Sainte Gébétrude. Saint Léon IX y consentit volontiers, mais il en confia le soin, à titre de légat, à Hugues, archevêque de Besançon et à Udon, primicier de Toul. La cérémonie, précédée d'une enquête canonique et d'un inventaire des ossements, eut lieu vraisemblablement le 13 novembre 1050, en présence d'une foule immense. L'Église par-là reconnaissait officiellement le culte de nos quatre Saints.

Sainte Gébétrude aura dû, en somme, à l'aventure hongroise d'être désormais en grande vénération. En feuilletant le Rituel du Chapitre, on constate que Sainte Gébétrude est la seule abbesse du Saint-Mont mentionnée à la suite des Saints Romary, Amé et Adelphe, dans l'antienne qu'on récitait chaque jour au chœur à la fin des Laudes ; elle avait par ailleurs son hymne propre aux Vêpres. « Le 7 novembre, fête de Sainte Gébétrude : il y a l'offrande et on dit la Grand-messe à l'autel de Saint Romary ».

Comme ses célestes compagnons, elle eut sa châsse particulière, qu'on portait en procession, devant laquelle une lampe brûlait en permanence. A cet égard, les allusions ne manquent pas dans le cérémonial du Chapitre ou le Mémorial de la Doyenne.
Cette châsse, qui était en argent, fut réparée et enrichie en 1547 par Léon Finet, orfèvre à Mirecourt. Elle figurait sur l'autel de Saint-Romary, comme l'attestent deux inventaires de 1690 et de 1727.

Mais elle disparut, hélas ! à la Révolution, à l'exception toutefois des reliques, qui furent sauvées par les fidèles, comme les autres « Corps Saints ». Lorsque l'antique Collégiale Saint-Pierre, désaffectée, souillée même sous la Terreur, devint église paroissiale à la faveur du Concordat, les reliques furent pieusement recueillies dans de nouvelles châsses, lesquelles périrent elles-mêmes lors de l'incendie des 28, 29 janvier 1871. On les reconstitua de nouveau et Mgr de Briey, évêque de Saint-Dié, les replaça solennellement le 28 août 1887 dans les cinq alvéoles du retable monumental demeuré intact. La châsse de Sainte Gébétrude, avec ce qu'on a pu sauver de ses reliques, fut offerte par Paul Boulanger de Remiremont ; on la voit aujourd'hui, symétrique de celle de Sainte Claire, au-dessus des portiques latéraux du maître-autel.

En fait d'iconographie, il n'existe plus, à notre connaissance, de statue à Jussarupt, pierre XVIIe siècle, ou de tableau représentant notre Sainte. Et pas davantage de chapelle ou d'oratoire, qui assurerait la permanence de son culte. Mais on en trouvait encore trace dans la coutume de donner son nom au baptême, comme il apparaît en feuilletant les registres des paroisses environnantes, au début de ce siècle.

A signaler enfin que Sainte Gébétrude est titulaire de deux églises du diocèse : Charmois-le-Roulier, au canton de Bruyères, et Jussarupt, au canton de Corcieux, ici à titre secondaire, après Saint-Léger. Mais la confusion, signalée plus haut, qui résulte des variantes, se vérifie pour nos deux paroisses. Certains recueils ou pouillés, voire même le savant « Dictionnaire topographique des Vosges » de Paul Maréchal, 1941, leur attribuent Sainte Gertrude comme patronne. Or, en dépit de l'équivoque, il s'agit bien de notre abbesse du Saint-Mont, comme le spécifie Dom Baudot dans son « Dictionnaire d'hagiographie ».

Publié le 11/07/2011 par Alice.