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Lundi 29 novembre
Saint Sernin
ou Saturnin, martyr et évêque de Toulouse (IIIe siècle)

Sainte Salaberge

Sainte du Saint-Mont

Dans le groupe des moniales qui ont contribué à la gloire du Saint-Mont, Sainte Salaberge vient ici à la suite de Sainte Modeste, non par raison de chronologie, mais parce qu'elles ont en commun deux traits. Toutes deux n'ont fait que passer au Saint-Mont ; l'une et l'autre, et ce sont les seules, ont les honneurs du martyrologe romain. Sainte Salaberge est incontestablement un personnage historique, d'une histoire mouvementée, tout à fait insolite, comparée à celle des abbesses précédentes.

Sainte Salaberge, en effet, est très représentative de son époque (VIIe siècle), de cette ère mérovingienne, dont les mœurs, même s'agissant de Saints, contrastent si étrangement avec les nôtres. Voilà une Sainte qui figure au martyrologe et dans les bréviaires avec le titre de veuve, ayant été successivement novice, mariée deux fois et finalement abbesse. Ces différents états de vie, les nombreux déplacements qui s'en sont suivis, ont bien servi sa marche vers une authentique sainteté, exalté même sa mémoire, alors que ses compagnes, demeurées en leur monastère du Saint-Mont, ont assez peu attiré l'attention des historiens.

Sa « Vie » n'est pas du type légendaire du XIe siècle, comme pour tant d'autres personnages. Elle fut écrite par un moine de Luxeuil, son contemporain et, croit-on, peu de temps après sa mort, vers la fin du VIIe siècle. Cet ouvrage, retraçant les faits et gestes d'une grande dame austrasienne, a fait autorité, au point qu'on devait s'en inspirer par la suite pour la vie de Sainte Odile. On prête à celle-ci, fondatrice elle-même du célèbre monastère alsacien, de nombreux épisodes propres à Sainte Salaberge. Il n'en reste pas moins vrai que cette « Vie » présente pour nous tous les défauts de son temps. Les dates, les noms de personnes et de lieux sont indiqués de façon souvent obscure ; sans compter les fautes des copistes qui, au long d'un millénaire, nous ont transmis « l'édition originale ». Le savant Mabillon, les Bollandistes en témoignent bien, comme le colonel Larose, dans son érudit « Essai généalogique sur la famille de Sainte Salaberge », paru à Epinal en 1956.

Celle-ci serait donc originaire du pays de l'Ornain (Meuse), faisant alors partie du royaume d'Austrasie et du diocèse de Toul. On s'accorde à situer à Gondrecourt le château de son père Gondoin. Ce descendant des rois de Cologne, du temps de Clovis, possédait de nombreux domaines sur les confins de l'Austrasie et de la Burgondie, dans les vallées naissantes de la Meuse, de la Marne et de la Saône. Sa mère était Saretrude et trois enfants naquirent à ce foyer dont le plus jeune devait être Saint Bodon, évêque de Toul.

Pour renforcer les liens, d'ailleurs tenus, comme nous verrons, que Sainte Salaberge eut avec le Saint-Mont, signalons qu'elle était la petite-cousine de Saint Arnould, évêque de Metz, venu finir ses jours à proximité de la montagne, où elle-même allait être novice. Vivant à la campagne, loin de la cour de Metz où le leude Gondoin jouissait d'un réel prestige, le foyer menait une vie digne et la mère donnait tous ses soins à l'éducation chrétienne de ses enfants. Elle profitait pour ce des relations d'affaires qu'avait son mari avec Saint Eustaise, abbé de Luxeuil, obtenant même un jour du saint moine la guérison miraculeuse de sa fille, devenue accidentellement aveugle. Il semble que, la sollicitude maternelle aidant, le passage d'Eustaise soit à l'origine de la vocation religieuse qui devait marquer si profondément, à travers de curieuses vicissitudes, la vie de Sainte Salaberge.

Pour l'instant, la Providence lui ménageait une autre voie. Par obéissance et bien qu'à contre-cœur, la jeune fille doit épouser un fier chevalier, lequel vint à mourir, la laissant veuve au bout de deux mois. Cette mort subite allait-elle enfin permettre la réalisation de la vraie vocation entrevue ? Point encore. Car le roi Dagobert 1er, qui s'intéressait à la famille, fit valoir aux yeux de Gondoin les avantages d'une nouvelle alliance pour sa fille et lui proposa un de ses meilleurs officiers nommé Blandin qui, au sein même de la vie de cour, avait ressenti lui aussi l'attrait du cloître. Les deux conjoints s'unissaient donc avec une singulière affinité de frustration et, sans trop le savoir, s'orientaient vers le but où les attendait le Seigneur.

Bientôt leur foyer exemplaire s'enrichit de cinq enfants. L'éducation aimante et ferme à laquelle Salaberge s'adonna à l'exemple de sa mère, lui fit comprendre le mystérieux dessein de Dieu. Il n'est pas rare de nos jours encore, nous pourrions citer des cas précis, qu'une jeune fille pourtant marquée par la vie religieuse, entre dans le mariage et voie de ses enfants devenir prêtre ou religieuse, le Seigneur y gagnant en fin de compte. Pour Sainte Salaberge, en effet, deux enfants devaient accéder à la sainteté : Sainte Anstrude, la seconde de ses filles, lui succèdera à l'abbaye de Laon et son plus jeune fils, Saint Baudoin, archidiacre de la même ville, sera martyrisé par les sicaires d'Ebroïn.

Les deux époux cependant entretenaient, à la chaleur de leur foyer, l'étincelle première de leur vocation monastique, si bien que, le temps venu, ils décidèrent d'un commun accord de se séparer pour entrer enfin en religion. C'est ici que Sainte Salaberge s'insère dans notre hagiographie vosgienne encore que nous ne sachions pas la date exacte, ni la durée de son séjour au Saint-Mont. A la différence de Sainte Modeste, venue toute jeune du pays messin, c'est donc dans sa pleine maturité que Sainte Salaberge vint, chez nous, s'initier à la vie monastique. Une vraie vocation tardive vers la quarantaine !

L'épisode, absolument incontestable pour Georges Durand (« L'église Saint-Pierre de Remiremont », 1, p.18) n'est pas autrement détaillé par le premier biographe de la Sainte, laquelle partage à cet égard, nous l'avons vu, le sort de la plupart de nos abbesses. Sans qu'on puisse affirmer si c'était avant ou après son séjour au Saint-Mont, Sainte Salaberge avait fondé, en gage d'attachement monastique, un important couvent, capable de recevoir une centaine de moniales. On lit bien, dans sa « Vie », que ce couvent s'érigeait dans la « région suburbaine de Langres », sur une terre du patrimoine familial. Mais les historiens discutent pour savoir s'il s'agit de Poulangy en Bassigny ou de Meuse près de Montigny-le-Roi.

Ce que nul ne conteste, c'est la fondation par Sainte Salaberge elle-même de l'abbaye Saint-Jean-Baptiste de Laon, dont par la suite elle allait prendre la tête. C'est là que devait s'épanouir sa vocation avec sa sainteté. On le voit aux traits édifiants et nombreux que rapporte son biographe et sur lesquels nous n'insisterons pas. Il semble plus intéressant de relever deux particularités spécifiquement vosgiennes. En souvenir de son passage au Saint-Mont, Sainte Salaberge prit soin d'instaurer dans son abbaye la pratique de la « laus perennis », qu'elle avait tant appréciée chez nous. Un de ses biographes nous énumère les vocables des sept chapelles appropriées, aujourd'hui disparues : Sainte-Marie, Saint-Michel, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Pierre, Sainte-Croix, Saint-Epvre, Sainte-Marie-Madeleine.

Autre détail de moindre importance : jusqu'à la Révolution, Vittel comportait deux paroisses. Celle de Saint-Privat relevait, on ne sait trop par suite de quelle donation, de l'abbaye Saint-Jean-Baptiste de Laon. Sainte Salaberge mourut en son abbaye, où l'avait rejointe sa fille Sainte Anstrude. Quant à la date de cette mort, que ne précise pas le biographe, ce pourrait être 656 selon Mabilllon ou 665 selon les Bollandistes.

Ses reliques furent en grande vénération dans la fière cité jusqu'à la Révolution. On les conservait avec celles de sa fille dans une magnifique châsse en argent, qui prit le chemin de la Monnaie en 1790. A côté, deux autres châsses contenaient les restes de son mari et de ses enfants canonisés. Des reliques dispersées, il subsiste encore des ossements de Sainte Salaberge à Gondrecourt et à Moyenvic. Nous n'avons pas trouvé trace de son culte dans notre diocèse. Seul un vitrail, au transept sud de l'église des Dames de Remiremont, rappelle la mémoire de cette insigne et passagère novice du Saint-Mont, qui en suivant le bon vouloir de Dieu est devenue épouse et mère de plusieurs Saints.

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Publié le 11/07/2011 par Alice.