Aller au contenu principal
Mardi 22 octobre
Saintes Elodie et Nunilon
Martyres à Cordoue (✝ 851)

Suzanne Suzanne Madre et Jeanine Perrin, un tandem de réconfort

Logo

Si petit ou si grand soit-il, la perte d'un proche représente toujours une épreuve qui doit être abordée avec beaucoup de délicatesse, d'humanité, de compassion, voire même de tendresse envers son prochain.

Tous ces articles ont été publiés dans le magazine « Eglise dans les Vosges ». En vous abonnant , vous soutenez l’information et le dialogue dans le diocèse.

Comme un peu partout en France, dans notre diocèse les prêtres ne sont plus suffisamment nombreux et aucun ne dispose du don d'ubiquité. À Raon-L'Etape, le Père Michel Toubhans sait pouvoir notamment compter sur l'aide du diacre Michel Humblot, mais aussi de Suzanne Madre et Jeanine Perrin. Les habitants connaissent bien maintenant ces laïques qui se dévouent au sein de l'Église pour mettre en oeuvre des obsèques religieuses dignes et personnalisées. Le plus souvent, Suzanne et Jeanine évoluent en équipe. En cas d'absence de l'une ou l'autre, Annette Champagne apporte un concours apprécié. Au fil de notre existence, notre cheminement est parfois jalonné d'épreuves dont les stigmates finissent par s'adoucir pour dessiner notre paysage intérieur. Septuagénaires, Suzanne et Jeanine savent tout cela. C'est peut-être en partie pourquoi elles sont liées d'une amitié marquée d'estime. Suzanne Madre fait partie de ces gens dont un jour le couple a explosé. Maman de six enfants, elle connut un drame en perdant Édith, une fillette de 2 mois. « Le décès de cette petite fille me fit croire que l'on était un couple inséparable... Je me suis trompée... Mon mari m'a quittée pour une autre... Je suis divorcée depuis 1976, et si je le dis c'est parce que je suis persuadée que les divorcés ont leur place dans l'Église ! » Restée seule pour élever ses enfants, Suzanne demeurait alors à Nice. Elle puisa un peu de réconfort auprès de l'Église. « C'est là que j'ai découvert la puissance du Saint-Esprit. Je recherchais du travail... Une force me poussait à aller de l'avant... à demander... C'est ainsi que je suis entrée le 1er août 1976 au Foyer de France... Après avoir été en charge du self et de la caisse, on me confia la comptabilité et le secrétariat. 15 ans se sont écoulés... J'ai un jour fini par être désignée Directrice de ce foyer d'accueil pour étudiants. J'ai exercé cette fonction pendant 5 ans ! »

Le souci des autres

Dans sa paroisse, Suzanne se chargea du catéchisme, de lectures à la messe... Elle accompagnera des catéchumènes. « Ce fut une expérience extraordinaire, très riche... » Elle fit un jour la demande d'ouverture d'une église pour une messe dite en portugais à l'intention de Cap-Verdiens laissés sur le carreau par leur entreprise. Suzanne ne mâche pas ses mots. « Je suis une révoltée permanente, je ne supporte pas l'injustice ! » Les yeux de Suzanne s'embrument lorsqu'elle évoque Claudine, son amie qui décéda des suites de maladie. « C'est là que j'ai ressenti en moi cette envie de participer aux obsèques... » Revenue dans ses Vosges natales depuis la fin des années quatre-vingt, elle se souvient avoir participé aux toutes premières réunions destinées à mobiliser des laïques. Membre de l'aumônerie de l'hôpital, cette ancienne trésorière du Secours-Catholique anime des messes, chante pendant l'office, porte parfois la communion aux malades… Correspondante du denier du culte, elle fait partie de l'équipe pastorale de santé, rend des visites, prend soin de ses voisins âgés. « J'ai toujours eu le souci des autres. Il faut essayer d'être positif... »

Discrétion et adaptation.

Jeanine qui fut professeur d'histoire-géographie se remémore de son enfance au sein d'une famille catholique. Elle sourit. «J'ai toujours été embringuée en paroisse ! » Cheftaine de louveteaux chez les scouts, elle fonda un foyer en épousant André. Devenue mère de 3 enfants, elle compte également parmi ceux qui veillent sur les autres. Elle se rappelle avec émotion le décès de sa maman en 2002. « C'est là que je fus touchée par l'Esprit-Saint.» Jeanine s'occupa alors beaucoup de son papa, disparu en mars dernier. Elle partage avec Suzanne cette abnégation, cette puissance qui l'amène à tendre la main aux autres.

Habituées à se rendre au funérarium pour y rencontrer les proches des défunts et y prier, elles se chargent désormais - lorsque le prêtre le leur demande - de réaliser la cérémonie des obsèques. Fortes de leurs expériences personnelles, elles entendent des confidences. Sans jamais juger qui que soit. « Les familles aiment bien que l'on vienne chez eux. Certains sont croyants, mais non pratiquants... Nous respectons la confidentialité. Discrétion et adaptation sont indissociables. Des formations nous sont données et les livres que nous utilisons sont très bien faits. Des textes, des chants profanes peuvent être utilisés. Nous écoutons les gens pour être au plus proche de leurs aspirations, tout en respectant les directives de notre Église » Des textes issus d'écrits de Charles Péguy, Luc Stein, de la prière de Saint-Augustin, la lecture du livre d'Isaïe, l'évangile selon Saint-Jean... sont utilisés. Suzanne Madre et Jeanine Perrin consacrent près de deux heures pour entendre les familles. Il reste encore bien des préparatifs avant d'officier l'enterrement. Bénévoles, toutes deux aimeraient être rejointes par des personnes acceptant de les aider dans leur mission. Et, elles espèrent que beaucoup entendront l'appel.

Josée-Tomasi-Houillon

Publié le 05/02/2013 par josee.