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Jeudi 14 novembre
Saint Laurent de Dublin
Abbé de Glendalough, et archevêque de Dublin (✝ 1180)

Ouverture d'une communauté religieuse à Haïti

Les sœurs de la Providence de Portieux ont ouvert une communauté à Plassac sur l'île d’Haïti. Sœur Claudine PETITJEAN nous envoie des nouvelles sur les débuts de leur insertion :

"...Notre maison était ornée de phrases : "Bienvenue à la Congrégation providence" en espagnol et français. Des récipients remplis d'eau nous ont été prêtés...puis par la suite nous avons compris toute la difficulté d'avoir de l'eau et de faire des réserves. Nous sommes dans la période sèche, très sèche, des tempêtes de vent arrivent les soirs, font tout voler de nos installations, et ce vent dessèche tout.
En positif il n'y a pas un moustique pour nous embêter car pas un dé à coudre d'eau stagnante (à la différence des Cayes). Eugénia veut faire un jardin mais la terre est trop sèche et il faut d'abord clôturer l'endroit car nous sommes visités en permanence par les cabris, les poules, les cochons noirs, ils sont chez eux et ce n'est pas notre présence étrangère qui les gêne.

Après les premiers jours où la nourriture nous arrivait comme cadeau de bienvenue, maintenant nous apprenons à gérer le peu qui existe; du pain existe, mais très vite sec. Nous mangeons du riz, des légumes secs cuit le plus souvent au "four solaire"...Notre gaz propane est à consommer avec modération car la recharge est problématique. Nous avons également un réchaud à pétrole qui marche très bien mais noircit toutes nos casseroles.
Nous faisons bouillir pour la boisson car le goût de chlore est peu agréable. De temps en temps nous trouvons des bananes, des pamplemousses, des œufs, pas un morceau de viande.
Notre petit oratoire est agréable, Eugénia a orné le tabernacle de façon "royale". Nous prions sur des nattes de paille de riz. L'office est en créole mais nous intégrons des chants en espagnole et en français. Eugénia connaît certains chants que je propose. Chacune prend son tour de cuisine et de prière, ainsi que le ménage.

Depuis notre arrivée nous avons visité l'école: deux classes maternelles et 7 primaires. Les enfants vont à l'école de 3 ans à 15 ans. Pour le village de Plassac ce n'est pas trop un problème pour rejoindre l'école mais pour les villages de la montagne, c'est autre chose. La distance et les moyens financiers son des obstacles énormes...
Une école protestante existe aussi à Plassac ; je n'ai jamais entendu parler d'école publique! Ici les instituts religieux sont nombreux à tenir les écoles. Si les instituts religieux sont nombreux à tenir les écoles, beaucoup ont eu à construire et forcément avec des fonds venus de l'extérieur.

Puis nous avons visité le dispensaire qui est financé par une organisation suisse (genre caritas). Cela semble très bien conçu, tout le personnel est haïtien, un médecin, des infirmières, des auxiliaires et du personnel technique, seul le dispensaire a de l'électricité. Ils organisent aussi ce qu'ils appellent le système "clinique mobile", qui consiste à rejoindre les villages trop éloignés.
Le médecin avec des infirmiers partent à cheval avec une trousse de pharmacie, pour soigner. Le dispensaire dessert 65 villages, mais dans chaque village il y a des agents de santé et des matronnes. La matronnne de Plassac est ... un homme! Il a reçu une formation de six mois et quand un cas difficile se présente il appelle la maternité la plus proche qui envoie une ambulance. Mais pour les villages qui ne peuvent être rejoints qu'à cheval ou mulet, par des sentiers rocailleux, vous imaginez le problème. Pour terminer avec le dispensaire, une maternité est en construction.

A la journée mondiale des femmes qui fut fêtée avec fanfare et défilé, 3 infirmières ont profité de ce grand rassemblement pour refaire de la prévention pour le choléra qui ne manquera pas de réapparaître dès la saison des pluies; prévention aussi des MST dont le sida qui est bien présent à Haïti. J'ai trouvé cette initiative très responsable.

J'apporte un bémol à cette structure de soin bien organisée. Là aussi le curé et les responsables de la communauté de Plassac, disent que la réalité est moins positive. Bien que pour l'accès aux soins il ne leur est demandé que la somme de 40 gourdes : 5 = moins de 1 euro, beaucoup ne se soignent pas et ne voient la gravité des problèmes de santé que trop tard...et ma mission peut se situer à ce niveau: au cours des visites que nous effectuerons auprès de la population, repérer les problèmes de santé et les accompagner au dispensaire, et suivre au plus près la suite. Quant aux expéditions vers les villages de montagne, ils restent peu fréquents "disent les paroissiens" alors le problème sanitaire reste crucial; en période de choléra des bénévoles apportent leur aide. Les morts ont été nombreux l'année passée.

Puis nous avons commencé les visites des familles avec un accompagnant pour faciliter la communication. Nous visitons sans distinction les chrétiens cathos, les protestants et les Vaudous (croyance venue d'Afrique). Ici à Plassac la communauté chrétienne nous apparaît bien importante, elle reste minoritaire dans cette région reculée où le vaudou est bien plus ancien et semble actif. Des prières et des chants au tam-tam, bercent certaines de nos nuits et, en ce moment, c'est la période des sacrifices de bêtes.

J'ai oublié de dire que notre maison est l'héritage d'un missionnaire canadien d'une église protestante pas connue, il a échoué et est reparti, "c'était trop exigeant" disent les gens. Notre communauté paroissiale est très dynamique, on se rassemble tous les dimanches pour une célébration en l'absence de prêtre, avec homélie presque aussi longue qu'un prêtre haïtien, pas de communion.
Dans ce contexte, ou à la fois ce qui existe marche bien, mais reste très insuffisant pour subvenir à tous les besoins, par manque des moyens et de par la situation géographique, notre présence ne peut avoir de réponse "efficace", mais notre présence aimante, ouverte et attentive à ce qui fait leur vie, leurs difficultés, leurs projets est ce qu'ils attendent de nous, les accompagner, les soutenir, c'est ce que le curé nous a signifié.

La population est en majorité rurale, une partie de la jeunesse est absente soit pour les études, soit pour trouver du travail en ville. Les femmes font de petits commerces: oignons, tomates, condiments, quelques légumes. Beaucoup de femmes descendent de la montagne soit à pied, soit à mulet, pour aller vendre le contenu de leur cuvette portée sur la tête. Elles font 5 à 6 heures de marche jusqu'à Petite Rivière et le tout de leur cuvette ne peut rapporter plus de 50 gourdes soit 10 euros... Comment développer une agriculture sans eau ni moyen de collecter qui ne manquera pas de dévaler, abîmant chemin et terrain à la saison des cyclones!

Le gouvernement est de nouveau en difficulté avec le premier ministre qui a démissionné et le président en difficulté avec sa double nationalité.

Sœur Aparécida (Providence) est revenue à Haïti et prend en charge un orphelinat à Petite Rivière avec des coopérants Brésiliens. Il y a 8 enfants et bientôt 10. L'organisation en est à ses débuts. Aparécida est en lien avec 7 jeunes qui "regardent" notre famille religieuse...les choses ont besoin de mûrir, mais si nous n'avons pas à devancer les chemins de la Providence, nous pouvons quand même nous réjouir des signes qu'elle nous fait... et Eugénia est une maîtresse de novices!

En espérant bonne réception de ces quelques événements de départ, je vous demande, bien sûr, de prier pour notre bonne insertion et que nous soyons attentives aux besoins de ce peuple.

Sœur Claudine

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Publié le 02/04/2012 par Alice.