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Jeudi 21 octobre
Sainte Céline
mère de saint Remi de Reims (Ve siècle)

Saint Ferréol et saint Ferjeux



Martyrs

Tout comme Saint Desle, ces deux Saints sont un héritage de Besançon, archidiocèse qui englobait jadis la frange méridionale de notre département, et dont dépend encore le diocèse de Saint-Dié.
C'est pour perpétuer le souvenir de ce rattachement à l'Église-Mère que l'office des Saints Ferréol et Ferjeux a été réintroduit dans le nouveau Propre du 26 juillet 1957.

Les deux Saints n'ont, au bréviaire, qu'une courte notice historique, car on sait fort peu de choses sur leur vie. S'il est admis qu'ils moururent au début du IIIe siècle, leurs faits et gestes ne nous sont connus que par une « Vita » du VIe qui, selon l'historiographe de la Congrégation des Rites, n'a pas de valeur historique. Le jugement peutsembler sévère, eu égard à l'ancienneté reconnue de cette première source.
Faute de mieux, reportons-nous à la légende demeurée extrêmement populaire en Franche-Comté.

Originaires d'Asie Mineure, Ferréol et Ferjeux seraient venus en Gaule dans le sillage de Saint Irénée, lequel, comme évêque de Lyon de 177 à 203, est un personnage incontestablement historique. Cette première assertion de la légende est significative. Elle révèle la tendance, puérile peut-être, mais vraiment touchante, qu'ont eue les premiers diocèses à se rattacher à la tradition apostolique. Or, à Lyon, Saint Irénée était, « à la deuxième génération », le disciple de l'Apôtre Saint Jean, qui avait formé Polycarpe.

A peine installée sur la Colline de Fourvière, la jeune Eglise de Lyon se fit missionnaire. C'est ainsi que Sainte Irénée lança aussitôt ses disciples sur les voies romaines qui rayonnaient autour de la capitale des Gaules. Ne serait-ce pas l'occasion de rappeler que les voies romaines peuvent, de la carte, se transposer dans le temps et apparaître comme les lignes généalogiques portant filiation des plus vieux diocèses de France ?

Saint Ferréol et Saint Ferjeux, remontant la Saône, puis le Doubs, parvinrent donc dans la région de Besançon. C'était alors une ville fameuse. Capitale de la tribu des Séquanes, elle occupait avec sa citadelle dans la boucle du Doubs une position stratégique qui avait donné du fil à retordre à Jules César, lors de sa lutte contre Arioviste.

La lumière qu'apportaient les deux apôtres eut, comme partout, bien de la peine à percer les ténèbres du paganisme alors tout puissant sous le règne de Marc-Aurèle. Du long récit que nous fait là-dessus la légende, retenons ce détail qui donne à la jeune Église de Besançon un trait de ressemblance avec la Rome des Catacombes. Pour échapper à la police impériale, nos deux Saints s'établirent dans une de ces grottes qui, aux abords de la ville, se voient encore aujourd'hui, accrochées aux falaises calcaires des méandres du Doubs.

C'est là qu'ils réunissaient les fidèles pour la prédication, qu'ils célébraient les saints mystères. Mais un jour, leur zèle d'apôtres les jetant sur les chemins de la contrée, ils furent l'un et l'autre arrêtés. Traduits devant Claude, préfet de la Séquanaise et sommés de sacrifier aux faux dieux, ils furent torturés avec des pointes de fer et finalement décapités, vers l'an 212. On les ensevelit dans la grotte où ils avaient fait jaillir la première étincelle de vie chrétienne.

La mémoire glorieuse de ces deux martyrs se répandit dans toute la Gaule. Une messe en leur honneur figure dans un missel gallican du Ve siècle, et Saint Germain, évêque de Paris, leur consacre un autel au siècle suivant. Mais c'est à Besançon surtout qu'ils furent aussitôt l'objet d'un culte exceptionnel et d'un pèlerinage de tout temps fréquenté. Et le diocèse entier les vénère comme ses saints Patrons, au sens le plus précis du terme, tout ensemble, comme pères dans la foi et comme protecteurs séculaires.

Si on peut mettre en doute l'authenticité de leurs faits et gestes, de tous les miracles classiques que leur attribue complaisamment la légende, personne ne conteste qu'ils sont les apôtres de la Franche-Comté. Comme il arrive pour tous les Saints, la mission de Saint Ferréol et de Saint Ferjeux ne s'est pas terminée à leur mort. Il est naturel à l'homme, même dans l'au-delà, de s'attacher à ce qui lui a coûté.
Sur la terre qu'ils avaient fécondée de leur sang, les deux Martyrs furent, au long des âges, constamment propices aux appels qui montaient vers eux, que ce fût dans le domaine surnaturel ou sur le plan temporel, à travers les guerres et les épidémies. Deux interventions sont restées célèbres dans les annales de la Cité : en 1575, lors de l'irruption des Calvinistes ; en 1849, pendant le choléra, à la supplication solennelle du Cardinal Mathieu.

Les reliques de Saints Martyrs sont conservées à Besançon, tant à la Cathédrale et à Notre-Dame, qu'à la Basilique érigée en leur honneur aux portes de la ville, de 1884 à 1901. En guise de féal hommage, c'est sur le chef de Saint Ferréol qu'au Moyen Age les archevêques prêtaient serment à leur intronisation.
Entre-temps, des parcelles de reliques avaient été dispersées à travers le vaste diocèse, dont dix-huit paroisses ont Saint Ferréol et Ferjeux comme titulaires. Mais toutes les églises célébraient, sous le rite double de première classe, la fête des deux Patrons du Diocèse.

Or, on sait que la partie méridionale de la Haute-Marne et, chez nous, une trentaine de paroisses situées sous l'arcade des Faucilles (pratiquement le bassin de la Saône), firent partie du diocèse de Besançon jusqu'au Concordat de 1801. C'est ce qui explique que la paroisse de Pisseloup, au diocèse de Langres, est dédiée aux Saints Ferréol et Ferjeux, et de même chez nous la paroisse d'Haréville-sous-Montfort. Puisqu'il s'agit là d'une particularité unique dans les Vosges, relevons d'autant plus volontiers les bribes d'histoire se référant à notre sujet.

Remarquons d'abord une anomalie. Traditionnellement Haréville appartenait au diocèse de Toul, archidiaconé de Vittel. Toutefois, une pièce du XIIIe siècle, conservée à la Bibliothèque nationale, la mentionne comme étant de Bourgogne. Ne serait-ce pas dès lors à la faveur de cette appartenance passagère qu'y serait venu le culte des deux Martyrs bisontins ?

Autre chose curieuse, la piété des gens semble les avoir dissociés, alors que la légende en fait même deux frères. A 2 km à l'est d’Haréville, sur la voie romaine de Langres à Strasbourg, existaient jadis une chapelle et une fontaine, dédiées au seul Saint Ferjeux, où l'on venait en pèlerinage le 16 juin.

De la première église d'Haréville, nous ne savons rien, sinon qu'elle disparut à la Révolution et fût rebâtie en 1842. Sous le porche, on encastra une jolie petite pierre votive avec l'inscription « Saint Forgeot, priez pour nous. L'an 1657 ». On ignore si elle provient de la première église ou de la fontaine.

L'origine est aussi incertaine pour la statue qui domine l'autel secondaire, coté Église. Saint Ferjeux, qu'on a appelé tour à tour Ferjus, Forgeot ou Forget, y est représenté en diacre, avec la palme du martyre et le livre des Évangiles ; pierre polychrome et dorée de la fin du XVIe siècle. Il semble, à tous ces détails, qu'à Haréville le diacre ait pris le pas sur le prêtre Saint Ferréol. Curieuse préséance dont, sans nul doute, ne se formalise point ce dernier qui, d'ailleurs, est invariablement cité le premier au Bréviaire comme au Martyrologe.

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Publié le 31/10/2010 par Alice.