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Lundi 29 novembre
Saint Sernin
ou Saturnin, martyr et évêque de Toulouse (IIIe siècle)

Saint Vaast (Saint Gaston)



Evêque

Les trois Saints colombanistes, inscrits au Propre de Janvier, nous rappellent les affinités que le diocèse de Saint-Dié eut jadis avec celui de Besançon. Il n'en reste pas moins que notre appartenance foncière, est celle qui nous a rattachés, pendant quinze siècles, à l'Église de Toul. A ce titre donc, Saint Vaast figure à notre calendrier, avec une dizaine d'autres, qui ne sont de chez nous que par voie d'héritage.

Par ailleurs, Saint Vaast n'est pas lorrain de naissance et, sur ses débuts, nous sommes très mal renseignés, tous les documents valables se rapportant à la partie active de son existence. La vie de Saint Vaast a été écrite, en effet, par Jonas de Bobbio. Deux siècles plus tard, Alcuin, l'historien et le confident de Charlemagne, la reprit de façon plus détaillée, en sorte qu'il nous est relativement aisé de retracer cette figure de Saint, qui se situe au début des temps mérovingiens.

Saint Vaast est originaire d'Aquitaine, probablement sur les confins du Limousin. Si Saint Goëry, son compatriote, nous l'avons vu, est venu en Lorraine, c'était à titre de noble et par attraction de la cour d'Austrasie. Saint Vaast prit le même chemin pour une autre raison. Il quitta sa famille pour vivre en solitaire aux environs de Toul. Comme pour maints anachorètes, cette vie cachée fut de courte durée, en raison même de la sainteté qu'il pratiquait et qui rayonnait à son insu.

L'Évêque de Toul, ayant appris sa présence, le tira de son ermitage et le fit entrer dans son clergé. Devenu prêtre, Saint Vaast s'adonna à l'étude des sciences sacrées et au ministère, secondant les entreprises apostoliques si actives de l'Église de Toul à travers la Lorraine. Un fait inattendu allait orienter sa vie dans un autre sens et lui assigner un rôle, efficace autant que discret, dans l'histoire de la France chrétienne.

On connaît la parole fameuse rapportée par Saint Grégoire de Tours, cri d'angoisse et de confiance à la fois, que lança Clovis sur le champ de bataille de Tolbiac. Dieu s'étant rendu à cette prière d'un païen — à rapprocher de celle du Centurion, en ce IIIe dimanche après l'Épiphanie — Clovis, loyalement, tint parole et entra dans la voie de la conversion. C'était pour lui une question de probité et aussi une preuve de sagesse politique.

Les royaumes barbares des Wisigoths, des Burgondes et des Vandales, qui venaient de s'installer avant lui sur les décombres de la Gaule romaine, avaient été, à peine convertis, gagnés par l'Arianisme. Les Francs allaient-ils suivre la même pente ? On avait tout lieu de le craindre, puisque la soeur même du roi, Lanthilde, était déjà arienne. Mais la Providence veillait, car Clovis avait épousé Sainte Clotilde, princesse catholique, qui, lentement, par sa prière et par sa douce persuasion, à travers maintes épreuves, prépara la conversion.

Pour assurer l'avenir de son royaume, demeuré jusqu'alors à l'arrière-plan, ce barbare intelligent jugea prudent de ne pas affronter l'Église catholique, dont l'autorité morale et spirituelle en faisait la seule autorité valable au sein de ce chaos. Il n'hésita pas à se tourner vers elle, en sacrifiant l'hérésie arienne. Celle-ci, au reste, avec sa doctrine glaciale, niant la divinité du Christ, tarissait la source même de la civilisation chrétienne et rompait l'unité de ce grand corps pantelant qu'était alors la Gaule. Il eut comme le pressentiment que l'Arianisme allait précipiter la ruine des royaumes barbares et que le Catholicisme assurerait son propre triomphe.

Si nous nous sommes arrêtés un instant sur ces préliminaires de la vocation chrétienne de la France, c'est pour mieux mettre en lumière le rôle joué par Saint Vaast, à qui Dieu réservait de conduire, comme par la main,Clovis au baptistère de Reims.

Toul se trouvait en effet sur la route qui, après Tolbiac, ramenait Clovis vers la Champagne, sa base d'opérations. Passant en cette ville, et soucieux d'exécuter son voeu , il demanda à l'Évêque Saint Urse de lui adjoindre un prêtre. Et voilà l'humble clerc toulois commençant sa vie publique dans l'escorte du roi victorieux. Chemin faisant, il instruisit Clovis de vérités chrétiennes, lui commentant l'Évangile dont s'émerveillait son royal élève. On s'est plu à comparer Saint Vaast au diacre Philippe des Actes des Apôtres, faisant le catéchisme au ministre de la reine Candace, assis à côté de lui sur le char et le baptisant à une fontaine au bord de la route, avant de disparaître miraculeusement.

Un tout autre miracle devait illustrer le voyage de Reims. Retrouvant, par sa sainteté, le charisme des premiers Apôtres, au temps où « le Seigneur confirmait leur parole par des prodiges », Saint Vaast interrompit un jour la leçon pour descendre de cheval et rendre la vue à un aveugle sur le pont de Rilly, aux approches de Reims. On devine l'effet de ce miracle sur l'âme fruste et droite du néophyte. Lorsque plus tard on racontera devant lui la trahison de Judas et l'arrestation de Jésus, Clovis se souviendra des leçons percutantes de son catéchiste pour s'écrier : « Ah ! Si seulement j'avais été là avec mes Francs ! ».

Parvenu à Reims, Clovis se fit baptiser le jour de Noël par Saint Remy, dans les circonstances solennelles que chacun sait. On est beaucoup moins sûr de l'année. Traditionnellement, c'était en 496, mais de récents travaux d'archives la font reculer jusqu'en 499. Tant mieux, après tout, car, de la sorte, Clovis aura pu profiter davantage des leçons de son maître et se conformer déjà à nos années réglementaires de catéchisme !

Dans le faste de ce Noël historique, nul chroniqueur n'a signalé la présence de Saint Vaast. Mais il nous est facile, sans tomber dans la légende dorée, de l'imaginer debout à côté du baptistère, un peu comme Ingres a campé Sainte Jeanne d'Arc. Quoi qu'il en soit, ce Lorrain d'adoption nous semble avoir préparé les voies à la Sainte Pucelle sur le chemin du sacre.

« La fête passée, on oublie le Saint ! ». Saint Remy ne l'entendit point de cette sorte, car sur la recommandation même de Clovis — gentil hommage de gratitude — il s'attacha ce prêtre de valeur pour l'envoyer en mission au bout de son immense diocèse, au nord de la Somme, région qui avait beaucoup souffert, 50 ans plus tôt, des ravages d'Attila.

C'était un beau champ d'action pour l'apôtre que nous connaissons, pour le thaumaturge que Dieu lui donna d'être, pour le réconfort spirituel et matériel des campagnes retournées, dans leur détresse, au paganisme.

Lorsque Saint Remy estima l'oeuvre suffisamment avancée, il érigea en diocèse l'ancien pagus des Atrébates et sacra Saint Vaast premier Évêque d'Arras en 510. La modeste cathédrale aussitôt édifiée fut consacrée à Notre Dame, demeurée depuis lors la patronne du diocèse. Pour donner plus de champ à l'ardeur apostolique de son suffragant, Saint Remy le pourvut d'un second siège épiscopal à Cambrai, jumelage qui devait subsister jusqu'au XIe siècle.

Saint Vaast eut la consolation d'assister, en 533, Saint Remy à son lit de mort, et son nom figure parmi les exécuteurs testamentaires. Il ne devait pas tarder à suivre dans la tombe son vieil Archevêque. Saint Vaast mourut à Arras le 6 février 540, après 30 années d’épiscopat.

Il fut inhumé dans la cathédrale, par déférence et contrairement au vœu qu'il avait manifesté de reposer hors de la ville, en un petit oratoire où il aimait venir prier. En 666 toutefois, un de ses successeurs, Saint Aubert, transféra le corps en ce lieu, où allait s'établir une grande abbaye bénédictine portant son nom et demeurée célèbre. La science des Bénédictins de Saint Vaast nous permet de suivre avec précision le culte de notre Saint à travers les siècles.

Lorsqu'au IXe siècle survinrent les invasions normandes, les Religieux se réfugièrent à Beauvais, dont Saint Vaast, jeune évêque, avait évangélisé la région au sud de son diocèse, et, le danger une fois passé, Arras récupéra les restes de son fondateur. Du fait de ces migrations de reliques, ajouté au souvenir de son apostolat, le culte de Saint Vaast est resté en grand honneur dans tout le nord du Bassin Parisien, jusqu'en Belgique, où le diocèse de Tournai compte huit églises à lui dédiées.

La châsse somptueuse dans laquelle on le vénérait à Arras échappa à l'incendie de la cathédrale en 1030, mais pas au vandalisme révolutionnaire ; les reliques, toutefois purent être sauvées et la reconnaissance authentique fut faite, dès le Concordat, le 13 décembre 1802, par Mgr de la Tour d'Auvergne, évêque d'Arras. La nouvelle châsse devait être transportée à Reims en 1896, avec celles de plusieurs autres Saints qui avaient pris part au Baptême de Clovis, dont on fêtait le 14e centenaire.

Relevons encore ce modeste hommage populaire que constitue le nom des trois communes de la région : Saint-Waast-la-Vallée (Nord), Saint-Vast-Chaussée (Somme), et Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais). Ceci nous révèle les diverses orthographes, toutes dérivées de Vedastus, lequel a donné Gaston. S'il se trouve, parmi nos lecteurs, quelque « Poilu » de la Grande Guerre, le nom de la dernière localité évoquera sans doute le souvenir de la furieuse bataille de l'Artois en 1915, au pied de la butte de Notre-Dame-de-Lorette, l'un de nos quatre grands cimetières nationaux, où Mgr Julien, évêque d'Arras, a voulu reposer au milieu des soldats.

Saint Vaast eut l'heur d'intéresser deux poètes de la Renaissance : Toussaint Sailly et Antoine Meyer, qui célèbrent dans le style épique, évidemment sans rien apporter à l'Histoire, la vie miraculeuse du Patron de l'Artois.

A notre connaissance, rien ne rappelle chez nous son souvenir en fait d'église, de vocable ou de statues. Seule, la ville de Toul « antique et fidèle », comme dit sa devise, a gardé mémoire de son prêtre. A l'emplacement de la maison qu'il avait habitée et où menait encore, avant le sinistre de 1944, la rue Saint-Vaast, au sud de la Cathédrale, on éleva vers l'an mil une église votive en son honneur. Vers la fin du siècle, l'Évêque Pibon (1069-1107) l'érigea en paroisse, et elle subsista jusqu'au XVIIIe siècle. Le chapitre de la Cathédrale s'y rendait en procession, à certaines fêtes de l'année. Ne peut-on pas voir, dans ce cortège des bons chanoines, l'évocation symbolique de la chevauchée du grand catéchiste itinérant qui amena Clovis « au Christ qui aime les Francs » ?

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Publié le 03/01/2011 par Alice.