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Lundi 29 novembre
Saint Sernin
ou Saturnin, martyr et évêque de Toulouse (IIIe siècle)

Saint Pierre Fourier

Découvrir une émission du Jour du Seigneur consacrée à Saint Pierre Fourier

Dans le cadre forcément étroit d’une revue des Saints du Diocèse, il ne saurait être question de retracer une vie aussi dense que celle de Saint Pierre Fourier. Au reste, la quasi-totalité des lecteurs de la « Vie Diocésaine » connaissent déjà ce dernier, le plus populaire, avec Sainte Jeanne d’Arc, de tous nos Saints vosgiens.
Aussi, après une rapide esquisse biographique, relatant les principales étapes de sa vie, retiendrons-nous de préférence quelques traits de cette grande figure de saint, qui expliquent le rayonnement de son œuvre.
En rappelant enfin le culte que lui a voué notre diocèse, sa petite patrie, nous trouverons peut-être davantage d’inédit, et la preuve supplémentaire d’une authentique sainteté. I

Saint Pierre Fourier naquit à Mirecourt, le 30 novembre 1565, d’une famille bourgeoise de souche terrienne, profondément attachée à cette foi catholique que battaient alors en brèche et avivaient en même temps les tentatives de la Réforme protestante.
Très jeune, le petit Pierre, Poirson comme on l’appelait familièrement, manifesta le désir d’être prêtre. Doué par ailleurs d’une intelligence vive et primesautière, il était fait pour les études.

En octobre 1579, il entra à l’Université de Pont-à-Mousson, tout récemment fondée par les Jésuites. Pierre se révéla aussitôt, et demeurera six années durant, un étudiant modèle.
Il se passionna pour les humanités, et acquit une connaissance parfaite du français, du latin et du grec, au point de manier ces trois langues avec la même aisance.

Entre-temps, il se préparait au sacerdoce par une piété exemplaire et par de constantes mortifications.
La vie monastique l’attirant, il entra en 1585 comme novice à l’Abbaye de Chaumousey, près d’Epinal. Il y fit profession dans l’Ordre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin.

Lorsqu’il fut admis aux ordres majeurs, le siège de Toul était vacant. Pierre Fourier fit à trois reprises le voyage de Trèves pour se présenter à l’archevêque, dont dépendait alors le diocèse de Toul.
C’est ainsi qu’il fut ordonné prêtre le 25 février 1589, en l’église Saint-Simon, curieusement aménagée —et le chœur en est encore visible — dans la fameuse Porta Nigra, un des plus imposants vestiges de la grandeur romaine en Occident.
Après quelques mois passés à Chaumousey, il revint à Pont-à-Mousson pour étudier pendant six ans la théologie, l’Écriture Sainte et les Pères de l’Église

De retour à son Abbaye, il souffrit cruellement de la décadence profonde qui avait envahi cette maison naguère si fervente. Pour se soustraire aux vexations que provoquait sa sainteté, il se donna de toute son âme à la paroisse de Chausousey, rattachée au monastère , et que son Supérieur lui avait confiée. Ce ministère lui révéla, semble-t-il, sa véritable vocation, celle de curé.
Entre trois paroisses qui lui furent offertes : Pont-à-Mousson, Nomeny et Mattaincourt, il choisit délibérément la derniere, parce que la plus misérable à tous égards. C’est le Ier juin 1597 qu’il y fit son entrée. Il y restera 30 ans, menant de front, avec une activité prodigieuse, ponctuée de miracles, les tâches les plus diverses, dont nous donnons ci-après un faible aperçu.

Les malheurs de la Lorraine et la vindicte personnelle de Richelieu contraignirent le Bon Père à s’exiler. En 1636, il se réfugia à Gray, petite ville de Franche-Comté. Il devait y passer les quatre dernières années de sa vie, poursuivant, en dépit de ses infirmités, son apostolat de curé, au milieu des angoisses de la peste et de la guerre, multipliant ici encore les miracles de sa charité.
Saint Pierre Fourier s’éteignit à Gray, au lendemain de l’Immaculée Conception, le 9 décembre 1640. A l’instant de son dernier soupir, les soldats en fonction sur les remparts virent, dans la nuit, un globe de feu s’élever de sa demeure et s’incliner en direction de la Lorraine.

II

Aussi bien, est-ce toute la Lorraine qui venait de bénéficier, pendant plus d’un demi-siècle de l’éminente sainteté du Bon Père.
De son auréole, détachons au hasard quelques rayons : le religieux, le curé, le fondateur d’Ordre, le patriote ; et cela au risque de bouleverser l’ordre chronologique d’une vie extraordinairement remplie. Le Religieux

En entrant à Chaumousey, Saint Pierre Fourier n’avait en vue que la vie monastique. Mais l’idéal de perfection qui le hanta toute son existence et qu’il réalisa, en fait, hors du cloître, avait hélas ! complètement disparu de cette Abbaye, victime d’une trop longue prospérité matérielle.

Dans ce milieu d’ignorance et de décrépitude, on vit, des années, le jeune novice, puis le prêtre, s’appliquer à l’étude, à l’exercice d’une profonde piété, à l’observation la plus stricte de la règle primitive. Cette vie exemplaire et persévérante ne tarda pas à devenir un reproche aux yeux de ces religieux qui n’avaient plus de régulier que le nom. En butte à leurs persécutions sournoises, cet héroïque gêneur résista jusqu’à la limite de ses forces et du raisonnable.

Mais ceux que son exemple n’avait pu convertir, « il les aima jusqu’à la fin » comme son Divin Maître, à cause de leurs misères mêmes. N’est-ce pas un des traits les plus touchants de sa sainteté que cet attachement qu’il a gardé aux malheureux compagnons de sa jeunesse monastique ? Ainsi le verra-t-on, beaucoup plus tard en 1623, entreprendre de rajeunir sur d’autres bases l’Ordre des Chanoines Réguliers. Le curé de Mattaincourt qu’il était alors mit à profit son expérience sacerdotale et la vénération dont il jouissait auprès de son évêque comme de tout le clergé.

A cette œuvre d’éminente charité, la Providence l’avait d’ailleurs très tôt prédestiné. A Pont-à-Mousson, il s’était jadis lié d’amitié avec deux prêtres qui, comme lui, rêvaient d’idéal monastique : Didier de la Cour, qui devait restaurer l’Ordre Bénédictin, et Servais de Lairuels, celui des Prémontrés.

Sous le nom de Congrégation de Notre Sauveur, le Bon Père réforma donc en Lorraine l’ordre des Chanoines Réguliers, en leur composant une règle sagement adaptée aux consignes du Concile de Trente. Et pour lancer l’œuvre naissante, il accepte de se faire maître des novices. Ainsi le Curé redevenait Moine. Bientôt, de nouveaux monastères refleurirent sous la poussée de cette jeune sève. En 1626, la réforme était approuvée par Rome, et quelques années plus tard, Saint Pierre Fourier était, à son corps défendant, nommé Supérieur Général.

Le Curé de Mattaincourt

Ce vocable, qui annonce trois siècles plus tard celui du Curé d’Ars, est sans conteste le plus beau titre de gloire de notre Saint. Car pour la postérité il fut et demeure avant tout le Curé de Mattaincourt. C’est là qu’il a donné sa pleine mesure.
Ce village était en 1597 une bien triste paroisse. On l’appelait, partout à l’entour, la «petite Genève ». Une opulence certaine, due au commerce actif des draps et des dentelles, en avait fait une cité bourgeoise ouverte aux influences protestantes. Avec la perte de la foi, peu à peu le matérialisme s’y était instauré : abandon de toute pratique religieuse, goût effréné des plaisirs, avec leurs désordres et leurs scandales.

« Que vient faire ici ce moine ? »... La réflexion faite à son arrivée dit assez que, par sa sainteté, le jeune Curé allait être, ici encore comme à Chaumousey, «un gêneur » . Toujours la même épreuve de force, imposée par le Seigneur, et dont il allait cette fois triompher par son inlassable bonté. Avec cette intelligence du cœur qu’il tenait de la nature et de la grâce, il entreprend de réaliser à la lettre sa devise : « Ne nuire à personne, être utile à tous ».
Il s’attache d’abord à son église, à la beauté des cérémonies ; par quoi il fait reprendre à quelques-uns la pratique religieuse et le goût de la prière. Au début, il fait preuve d’ingéniosité, et plus tard il dirigera vers la splendeur du culte les dons princiers des Ducs de Lorraine.

Il donne tous les soins à une prédication empreinte de bonhomie et de fermeté, tout émaillée d'images à la manière évangélique.
Avec une prédilection marquée, il se penche sur les enfants. Ils sont l'avenir, et c'est par eux que se fera — et très vite — le renouveau de la paroisse. Il aime les réunir pour le catéchisme, les visites à l'école, dans la rue, s'asseyant avec eux sur le banc devant la maison.

Les aînés, il les gagnera à leur tour, leur prêchant sans avoir l'air tandis qu'il s'intéresse à leur vie, à leurs travaux. Il aime, dans les soirées d'hiver, faire la visite à domicile, dans ce « poêle » des maisons lorraines, où se tient toute la famille. Et chaque fois, le passage de ce prêtre porte avec lui sa grâce.
En dépit de sa richesse, le bourg a, comme toujours, ses pauvres, ses malades. C'est à eux surtout que le Bon Père s'ingénie à être utile. Pour eux, il crée des œuvres sociales qui en font un étonnant précurseur des temps modernes : c'est le « bouillon des pauvres », la « bourse de Saint-Epvre », caisse d'épargne et d'entraide mutuelle. Ces institutions charitables prendront tout leur sens lorsqu'avec la Guerre de Trente Ans le malheur déferlera sur la Lorraine, et de Paris, Saint Vincent de Paul donnera — et de quel cœur — la main au Curé de Mattaincourt.
Le renom du Bon Père est tel, dans tout le Duché, qu'on fait appel à lui pour prêcher des missions dans la région de Badonviller, récemment gagnée au protestantisme. Le voilà qui y part, dirions-nous, « en commando » évangélique où sa parole, ses miracles et sa bonté font merveille. Bref, sa devise l'amène à se faire comme Saint Paul, « tout à tous ». Pour s'en convaincre et s'en émerveiller, il n'est que de lire les mémoires du P. Bedel, son confident. Les anecdotes les plus savoureuses y fourmillent avec le récit ingénu des miracles et des mortifications. Car tout se tient dans cette vie, et c'est à la prière et à la pénitence que Dieu a voulu attacher sa grâce et ce pouvoir souverain que le Bon Père eut sur toutes les âmes.

Le Fondateur

Son ministère à Mattaincourt et ses courses à travers la Lorraine n'avaient pas tardé à lui révéler le délaissement et l'ignorance auxquels se trouvaient partout exposées les petites filles, pour qui n'existaient pas d'écoles.
Longtemps, dans la prière et la réflexion, il mûrit son projet. Et voilà que Dieu, fortuitement, mit sur sa route Alix Le Clerc, l'âme privilégiée qui allait lui permettre de le réaliser.

Le lecteur nous excusera de ne pas détailler ici les débuts de cette œuvre, de ce chef-d'œuvre de Saint Pierre Fourier. Nous y reviendrons lorsque octobre ramènera la fête de la Bienheureuse au calendrier liturgique. Qu'il nous suffise de dire qu'en 1598, on tentait un premier essai : aidée de quelques compagnes, Alix Le Clerc ouvrait à Poussay la première école de filles, une des premières de l'histoire de l'Église.
Le succès de l'entreprise incita le Bon Père à jeter les bases d'un ordre de Religieuses qui fissent de l'éducation des filles leur vocation essentielle. Sans étudier, pour l'instant, cette règle, disons seulement à quel point Saint Pierre Fourier innovait hardiment en un tel domaine.

Attaché, nous l'avons vu, à son idéal monastique, il entendait que ses filles vivraient dans le cloître tout en faisant classe. Eu égard à une tradition plus que millénaire, il y avait là un paradoxe et presque une contradiction, qui avait rebuté tous les fondateurs d'ordres. Il fallut la ténacité audacieuse, le bon sens, et toute la foi de ce saint lorrain pour imaginer une telle règle, l'éprouver dans la pratique et la faire agréer. Dans les mœurs de l'époque, ce fut chose aisée, tant elle apparut aussitôt bienfaisante. Mais il y avait Rome, toujours prudente. C'est en 1628 seulement que le Pape Urbain VIII approuva définitivement la règle et le titre des Chanoinesses Religieuses de Saint-Augustin, de la Congrégation de Notre-Dame.

Du point de vue spirituel, les Religieuses gardaient tout ce qui fait la force des ordres contemplatifs : la clôture et l'office de chœur qui, par le bréviaire et la liturgie, alimentent la piété. Sur le plan pédagogique, dans le règlement scolaire entièrement rédigé de sa main, Saint Pierre Fourier se révèle un pédagogue d'avant-garde. Avec un sens aigu de la psychologie enfantine, il réalise ce que nos modernes les plus avisés semblent découvrir. Le tableau noir, par exemple, l'enseignement collectif, sont de ses trouvailles.
On conçoit dès lors que très vite, la Congrégation de Notre-Dame se répandit à travers la Lorraine, la Champagne, l'Ile-de-France. Saint Pierre Fourier eut la joie, dans sa solitude de Gray, d'apprendre, avant de mourir, que le cinquantième monastère venait d'ouvrir son école à Trèves, dans la ville même de son ordination.
A la vérité, le grain de sénevé planté à Poussay était devenu un grand arbre ! Le Patriote

De ses ancêtres, laboureurs à Xaronval, à quelques lieues de Sion, bastion historique de la Lorraine, Pierre Fourier avait hérité l'amour de sa petite patrie.

Tout ce qu'il y avait en lui d'humain ayant été sublimé par la grâce, nous n'hésitons pas à faire de ce patriotisme un tait de sa sainteté. Il aima sa patrie pour s'être prodigué en sa faveur en de multiples domaines, pour l'avoir, dans son ministère, parcourue de long en large pendant un demi-siècle. Il aima sa Lorraine dans la personne de nos Ducs — il en a connu quatre régnants —, dont il avait gagné peu à peu la confiance. Ça avait été d'abord à titre d'aumônier privé, de conseiller familial, voire même de thaumaturge. A sa sainteté tant de fois éprouvée vint s'ajouter une réputation de sagesse, de lucidité, qui lui valut de jouer un rôle de premier plan aux heures critiques. On sait que Richelieu, profitant de la confusion semée par la Guerre de Trente Ans, et — il faut le dire — de la maladresse d'un Charles IV, jetait son dévolu sur la Lorraine. On vit alors le curé de Mattaincourt se dresser en face du terrible Cardinal, déjouer ses plans avec habileté, et finalement sauver l'avenir de la dynastie. Il devait, certes, le payer cher, mais que lui importait de mourir en exil, dès lors que sa Lorraine, devenue vraiment comme sa grande paroisse, gardait son indépendance et sa foi.

III

Dans cet humble prêtre qui a passé en faisant le bien, la postérité a vu par excellence le Saint de la Lorraine, et n'a cessé de lui porter un culte fervent. Aussitôt après les obsèques solennelles que les Graylois avaient faites au Bon Père, les Lorrains réclamèrent l'honneur de posséder son corps. En mars 1641, il fut triomphalement ramené dans sa province natale, à l'exception du cœur, prélevé à son décès, et toujours vénéré à l'église Notre-Dame de Gray. Pour gagner Pont-à-Mousson, où les Chanoines Réguliers entendaient inhumer leur Père, le cortège fit évidemment escale à Mattaincourt, qui l'accueillit avec un enthousiasme indescriptible et le conserva, après des démêlés qui durèrent un mois et au cours desquels les femmes et les enfants se sont mesurés avec la police et en sont venus à bout ! Au fond, ces humbles exécutaient les dernières volontés de leur Curé qui avait souhaité reposer parmi les siens

A dater de ce retour, et sans attendre la sentence de Rome, la piété populaire s’exprima, discrète et fervente, sur la tombe du Bon Père située devant le maître-autel. Des miracles —plusieurs résurrections d’enfants —ont souvent marqué les pèlerinages de toute la Lorraine et de la Franche-Comté.

Le 29 janvier 1730, Pierre Fourier fut solennellement béatifié à Saint-Pierre de Rome, et une chapelle lui fut consacrée dans l’église nationale de Saint-Nicolas-des-Lorrains. Pour les fêtes de Mattaincourt, la duchesse Elisabeth-Charlotte, en hommage de gratitude de la Maison de Lorraine, offrit une belle châsse en bois doré. Et le 30 août 1732, Mgr Bégon, évêque de Toul, relevait de la tombe les restes du Bienheureux pour les déposer dans la châsse où on les vénère encore.

Comme il arrive souvent — pour Sainte Jeanne d’Arc par exemple — il fallut attendre un siècle et demi la canonisation. Le 27 mai 1897, en la Basilique vaticane, Léon XIII inscrivait Saint Pierre Fourier au « Catalogue des Saints », précisant que sa fête serait désormais célébrée dans l’Église Universelle au même titre que celle de Saint Antoine, religieux italien fondateur des Barnabites, canonisé ce même jour . Or, tandis que Saint Antoine-Marie figure au Missel et au Bréviaire de l’Église Universelle (5 juillet), Saint Pierre Fourier en a disparu. C’est là un problème délicat à élucider ...

Mais si, selon toute apparence, le Bon Père se trouve frustré par rapport à son « frère jumeau » en sainteté, retenons du moins l’hommage exceptionnel qui lui a été rendu dès 1898. Dans la nef prestigieuse de Saint-Pierre de Rome, les pèlerins des Vosges éprouvent toujours une grande fierté à voir dans sa niche la statue de Saint Pierre Fourier parmi les grands fondateurs d’ordres de l’Église Catholique.

Entre les deux étapes de la survie glorieuse du Bon Père, Mattaincourt s’était pourvu d’une église plus apte à accueillir le flot croissant des pèlerins. La première pierre de la basilique actuelle fut en effet posée le 7 juillet 1846 et l’édifice solennellement consacré par le Cardinal Mathieu, archevêque de Besançon. C’était le 7 juillet 1853, jour où le Père Lacordaire, inaugurant la chaire, prononça son fameux panégyrique.
Depuis lors, la basilique de Mattaincourt est restée chère à la piété du diocèse et de toute la Lorraine. Les plus belles manifestations se situent chaque année à la Neuvaine qui s’ouvre au soir du 6 juillet, et dont une journée est réservée aux prêtres du diocèse. Le 9 décembre, au terme de la Neuvaine de l’Immaculée Conception, se fête aussi de façon très recueillie le jour anniversaire de la mort du Bon Père. On ne peut d’ailleurs que déplorer que la Neuvaine de Mattaincourt n’attire plus que des groupes bien faibles, comparés aux foules d’antan. Est-ce par un manque de loisirs en notre vie trépidante, ou manque de goût pour ce genre de piété ?

Même silencieuse et déserte, la basilique rend continuellement hommage à Saint Pierre Fourier. Outre la châsse précieuse déjà citée, il convient de noter dans le chœur la belle pierre tombale, classée M.H. du XVIIIe siècle, et provenant de l’ancienne église. Dans les verrières du chœur, détruites en 1940, et refaites en dalles de verre étincelantes, se lit la vie du Saint Curé.

Au presbytère, on visite, dans son état primitif, la chambre du Bon Père, et au petit musée, nombre d’objets ou d’ornements lui ayant appartenu.
La chapelle ronde, à 500 mètres, a été érigée près d’une fontaine miraculeuse où il venait volontiers se reposer en contemplant son village.

A Mirecourt, c’est la maison natale, conservée par la paroisse, avec au bas de la ruelle, la statue en marbre de Denys Puech. A la chapelle de la Oultre, une intéressante toile peinte où tous les détails sont centrés sur l’Immaculée Conception, dont Saint Pierre Fourier fut l’ardent propagateur à Mattaincourt, puis par toute la Lorraine. Aussi y figure-t-il agenouillé aux pieds de la Vierge. On estime que c’est là un de ses plus anciens portraits, peut-être fait de son vivant, pour le Monastère de Mirecourt.
Saint Pierre Fourier est le titulaire de deux églises paroissiales : Bazegney et Chantraine. Il est aussi, et à juste titre, le patron du Grand Séminaire de Saint-Dié.

Parmi la centaine de monastères-écoles fondés à travers le monde, les cinq de notre diocèse l’ont été de son vivant : Mattaincourt, 1598 ; Mirecourt, 1819 ; Epinal, 1620 ; Châtel, 1625 ; Neufchâteau, 1639. Tous ont été dispersés à la Révolution, mais deux seulement furent rétablis, Mattaincourt, en 1836 et Epinal, en 1857.

Faut-il, pour la pieuse curiosité des lecteurs, recenser, dans les limites du département, quelques monuments qui perpétuent le souvenir de Saint Pierre Fourier ? A la basilique Saint-Maurice d’Epinal, une cloche, classée Monument Historique, et dont la duchesse Elisabeth-Charlotte fut précisément la marraine, porte l’effigie de Pierre Fourier (fondue en 1718, donc 12 ans avant la béatification). Dans la chapelle du Rosaire, et sensiblement de la même époque, tableau du Saint Fondateur, paré de son aumusse et présentant à Notre-Dame Alix Le Clerc et ses quatre premières religieuses.
A Vrécourt, la croix du clocher comporte une boule de fer où l’on a inclus, en 1766, des fragments du cercueil du Bon Père relevé à Mattaincourt une trentaine d’années plus tôt.

Les deux monastères vosgiens et plusieurs collections privées conservent d'excellents portraits de Saint Pierre Fourier, toujours représenté avec cette banderole blanche (le « rochet » des Chanoines Réguliers) dont il ne s'est jamais départi. Sait-on que le Fondateur d'ordre a eu un émule vosgien au XIXe siècle ? L'abbé Bégel, né à Uriménil, fondait en effet, en 1854, la congrégation enseignante des Sœurs de l'Humilité de Marie, qui ont d'abord tenu des écoles en Lorraine sous le Second Empire. Émigrée aux États-Unis, la congrégation y a pris une grande extension. Sa spiritualité, sa règle, aussi bien que ses méthodes pédagogiques, sont directement inspirées de Saint Pierre Fourier qui est invoqué là-bas comme le protecteur spécial.

A ces hommages si divers dont la postérité entoure la mémoire du Bon Père, ajoutons pour finir celui que lui a rendu, en 1942, une de ses filles devant l'Université de Paris. C'était la première fois qu'on voyait en Sorbonne une Religieuse en costume soutenir une thèse de doctorat ès-lettres. Et ce fut pour révéler, à l'étonnement du jury, en Saint Pierre Fourier un véritable humaniste, un des meilleurs écrivains lorrains, émule de son contemporain Saint François de Sales, auquel il s'apparente à tant d'égards.
Certes, notre Saint n'y prétendait guère lorsqu'à la chandelle, dans sa chambre à Mattaincourt, il se crucifiait à sa plume pour l'amour de Dieu une partie de la nuit. Sa correspondance emplit une dizaine de volumes, où des lettres à ses Religieuses, empreintes tour à tour de bonté suave et de judicieuse fermeté, voisinent avec de longues missives qu'il adressait aux princes avec l'autorité souveraine d'un homme de Dieu.

Par Saint Pierre Fourier, c'est toute la Lorraine qui entre ainsi de plain-pied dans le renouveau catholique, et prématurément dans la patrie française au seuil du Grand Siècle.

Publié le 08/02/2012 par Alice.