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Lundi 29 novembre
Saint Sernin
ou Saturnin, martyr et évêque de Toulouse (IIIe siècle)

L'Eucharistie

L’Eucharistie, troisième sacrement de l’initiation chrétienne, est le seul sacrement accompli par Jésus lui-même.

Elle a été instituée lors de la Cène. Ce geste est particulièrement commémoré lors de la célébration du Jeudi saint où le Christ s’offre à son Père.

L’Eucharistie structure la vie chrétienne, elle la ponctue, elle est la respiration dans la vie spirituelle. C’est une actualisation de la Pâque et non pas sa répétition ou son simple souvenir. L’Eucharistie, ou la messe, est un rappel de la dernière Cène, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ.

Les symboles du pain et du vin:

Le pain et le vin, nourritures de base

Le blé qui permet de faire du pain est pour beaucoup la principale source de nourriture. Quand la récolte est mauvaise, c’est la famine. Même dans les pays dits développés, il a fallu attendre le XXe siècle pour que le cours du blé se stabilise et ne soit plus une cause de désastre économique.

Le pain, c’est donc la vie.

Notre langue se fait encore le reflet de cette importance : ne dit-on pas qu’on gagne son pain, c’est-à-dire de quoi vivre ? Voilà pourquoi on emploie volontiers l’image du pain de la route : c’est ce qui va permettre au voyageur de continuer son chemin sans faiblir. Déjà, dans le désert, Dieu avait donné la manne aux Hébreux.

Plus tard, il s’agit du pain pour le prophète Élie, en fuite et épuisé : "Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange ! » Il regarda, et voici qu’il y avait à son chevet une galette cuite sur les pierres chauffées et une gourde d’eau. Il mangea, but, puis il se recoucha. Mais l’ange de Yahvé revint une seconde fois, le toucha et dit : « Lève-toi et mange ! Autrement le chemin sera trop long pour toi. » Il se leva, mangea et but, puis, soutenu par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb." (1 Rois 19, 4-8)

Quant à la vigne, elle fait partie, depuis la nuit des temps, des cultures méridionales. La Bible, dès la Genèse, parle de Noé le cultivateur, qui commença de planter la vigne. Il en subit d’ailleurs très vite les conséquences, puisque le vin l’enivre... (Gn 9, 20-21). Mais si l’on en use avec modération, le vin apparaît comme un complément indispensable de la nourriture solide : "Le vin, c’est la vie pour l’homme, quand on en boit modérément. Quelle vie mène-t-on privé de vin ? Il a été créé pour la joie des hommes. Gaieté du cœur et joie de l’âme, voilà le vin qu’on boit quand il faut et à sa suffisance." (Si 31, 27-28)

C’est dans cette optique qu’on peut lire le récit des noces de Cana, où Jésus transforme l’eau en bon vin, pour tous les invités.

Fruits de la terre

Ainsi qu’il était dit dans la prière juive de bénédiction, reprise dans le texte de la messe, le pain et le vin sont issus de la terre. Le blé et la vigne, enracinés dans le sol, y puisent les énergies capables de les faire pousser en surface. Une fois jaillis à l’air libre, ils s’approprient aussi les énergies du ciel : pluie, vent, lumière, chaleur, toutes les forces du cosmos concourent à leur maturation. On peut ainsi dire qu’à travers eux l’univers s’invite à la table de l’homme. C’est pourquoi les religions antiques avaient déjà utilisé ces symboles.

Nourritures végétales

Mais là où les religions antérieures (qu’on se rappelle les marchands du Temple de Jérusalem, avec leurs brebis, bœufs et pigeons : Jn 2, 13-16) utilisaient les animaux pour les sacrifices rituels, Jésus n’a proposé que des nourritures végétales : le pain à la place de la viande, le vin à la place du sang. En effet, dans l’optique de la Genèse, Dieu a d’abord donné à l’homme, pour se nourrir, des plantes et des fruits. Le monde originel est sans péché, on n’y fait pas couler le sang, ni celui de l’homme, ni celui des animaux. Ce n’est qu’après le péché que la terre devient avare de ses dons et que l’homme consomme de la chair animale. De plus, il semble que Jésus, en utilisant le pain et le vin, à l’exclusion même de la chair de poisson, ait voulu marquer la rupture avec les cultes anciens, et instaurer, jusque dans les signes, la nouveauté de l’Alliance. Enfin, le sang réel ne sera versé qu’une seule fois : celui du Christ sur la croix, un seul sang versé une fois pour toutes. C’est bien ce qu’explique longuement la lettre aux Hébreux (9 et 10). Le culte chrétien n’aura donc pas à offrir d’autre chair, à verser d’autre sang : pain et vin suffiront à re-présenter l’unique sacrifice de la croix.

Évocation de la mort

Pain et vin ont en effet rapport avec la mort : le grain de blé doit mourir en terre pour donner une autre plante porteuse de nombreux nouveaux grains de blé. Voilà pourquoi Jésus s’est comparé lui-même à ce grain de blé : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit." (Jn 12, 24). De façon analogue, les grappes de raisin devront être pressées, et comme saignées (la couleur rouge favorise évidemment la métaphore) pour devenir du vin. Ainsi le pain et le vin sont des signes suffisamment éloignés des sacrifices païens ou juifs pour éviter toute assimilation, mais assez évocateurs du sacrifice pour rappeler que Jésus est mort sur la croix pour la vie de tous.

Fruits du travail des hommes

Le pain et le vin sont aussi des produits du travail des hommes : la terre est labourée, le blé est semé, désherbé, récolté, vanné, broyé, mêlé à l’eau et cuit, avec ou sans levain, pour devenir pain. La vigne est, elle aussi, l’objet de soins attentifs : on la plante, on la taille, on récolte le raisin que l’on presse pour obtenir le jus qui se transformera en vin après d’autres soins encore. N’oublions pas que jusqu’à une époque très récente, l’agriculture occupait la majorité de la population ! À travers le pain et le vin s’exprime donc presque tout le travail des hommes. Ils évoquent aussi à merveille combien la multiplicité et la diversité des humains peuvent devenir unité : mille grains de blé font un même pain, mille grappes font un même vin.

Un repas partagé

On comprend dès lors mieux pourquoi le pain et le vin sont surtout destinés à être partagés, comme le Christ l’a fait avec ses apôtres au soir du Jeudi saint. Au-delà du besoin physiologique, individuel, de manger et de boire, le repas permet de s’asseoir à côté d’autres hommes, et de goûter cet aspect fraternel. Dans toutes les civilisations, partager le pain avec quelqu’un, c’est vraiment le reconnaître comme frère. Aussi est-il important de lier le symbolisme du pain et du vin avec celui du repas fraternel qui structure la messe dont l’un des premiers noms fut la fraction du pain (Actes 2, 42). C’est bien lorsque leur compagnon de route a rompu le pain que les disciples d’Emmaüs ont reconnu Jésus (Luc 24, 35). Au centre de ce repas, aliments de ce repas, le pain et le vin sont des signes qui, comme dans tout sacrement, réalisent ce qu’ils disent : le pain est la chair du Christ, le vin est le sang du Christ. Ils disent : vie ; ils disent : communion à l’univers et à Dieu.

Publié le 03/02/2015 par Benjamin Grosjean.